Lettre de Paul CHAVENT à ses parents (1)

Le Valdaon 10 janvier 1915

Bien chers Parents,

Quel triste temps pour un dimanche, depuis hier au soir il neige désespérément, il est vrai que nous y sommes habitués, depuis notre arrivée il a neigé presque tous les jours, mais aujourd’hui c’est particulièrement dégoûtant. Cela ne nous empêche pas d’amuser Marcheret et un tas d’autres copains de Saint Didier que j’ai retrouvés ici, d’aller en ville passer notre soirée un peu plus gaiement qu’au camp.

Le 133, le 23 et le 42 sont venus nous rejoindre ici ; les Belleysoins sont tous habillés en pompiers, ceux du 23 et du 42 sont les mieux habillés. Quant à nous, nous n’avons toujours pas de pantalons rouges, ni de képis, rien qu’un méchant petit bonnet de police. A part notre compagnie, tous ont touché le montant des effets et souliers apportés par eux. Je pense que chez nous, ils attendent que nous ayons usé tout cela pour en faire l’estimation.

Nous avons encore passé hier une visite de santé. La semaine prochaine, nous serons vaccinés à l’épaule contre la fièvre typhoïde et cela trois fois de suite. Ceux qui y sont déjà passés disent que c’est assez douloureux, c’est une longue aiguille qu’on enfile sous la peau, il y en a pas mal qui tournent de l’oeil.

Hier matin il y a eu revue de casernement par le commandant. Il nous a fallu laver à grande eau et nettoyer partout de fond en comble. Je pense qu’il n’a pas trouvé cela suffisant, car ils nous ont fait recommencer tout ça ce matin. Ce ne sont d’ailleurs pas les corvées qui manquent ici, mais ce qu’il y a de pratique, c’est qu’il s’en trouve toujours qui se font punir pour cela et particulièrement les fumeurs, qui se font attraper soit sur les rangs, soit pendant l’appel.

La nourriture ne vaut pas ici ce qu’elle était à Besançon, mais elle est abondante, il n’y a que la soupe qui soit vraiment épatante. Pour mon compte, j’ai toujours du pain de reste, nous avons du vin presque tous les jours à la soupe du matin et le soir avant de se coucher, on nous sert un quart de thé.

Pour le moment nous faisons à l’exercice du maniement d’armes, de la gymnastique et ils commencent à nous faire déployer en tirailleurs. Notre instruction est poussée très activement, le commandant veut que dans deux mois nous soyons mobilisables. Ce qui ne veut pas dire que nous serons au feu dans deux mois, à Besançon il y en encore pas mal de la classe quatorze.

       J’ai reçu une lettre de Joseph, il m’écrit de Corlier qu’il est venu avec tante Marie à Besançon quatre jours après mon départ, ils y sont restés trois jours.

Je vous quitte chers Parents, ça va être l’heure de la soupe et comme c’est mon tour d’aller la chercher, je ne veux pas être en retard.

Je vous quitte en vous envoyant à tous trois mes meilleurs baisers

Paul.