La Valdahon, 3 avril 1915

Bien chers parents,

Samedi, 1 h du soir, nous occupons cette soirée soit à jouer aux cartes comme nous l’avons fait fréquemment cette semaine, soit à repasser une dernière fois l’inspection des boutons de culottes et faire reluire avec minutie notre flingue et Rosalie qui auront bientôt l’occasion de faire du bon travail.

Cette fois le départ est définitif et après demain lundi nous nous embarquerons à 5 h du matin pour nous rendre en passant par Besançon, Dijon, Troyes, etc… au camp de Mailly. Tout à l’heure nous toucherons les vivres de chemin de fer et pour deux jours de débarquement avec nos paquets de cartouches. Je viens de recevoir au rapport une carte de Marius qui me dit comme ils ont à faire en ce moment, et une autre de Georges Canque qui m’annonce lui qu’il est accepté comme sous-lieutenant dans les convois automobiles. Ce matin le Général x… nous a passés en revue. Tout le 407 était là en nouvelle tenue. C’était épatant. Cette semaine nous avons passé fort agréablement notre temps. Hier on a remplacé tous les malades et ceux qui ne paraissaient pas aptes à partir, et on a demandé ensuite, quels étaient ceux qui ne se sentaient pas en état de le faire, mais personne ne s’est présenté. J’allais oublier de vous dire que j’ai un colis à toucher ce soir au vaguemestre, je pense que ce sont les chaussettes que je vous ai demandées.

Nous devions être consignés demain toute la journée, mais notre capitaine nous a tout de même rendu la liberté jusqu’à 8 h du soir. Si seulement nous étions partis une semaine plus tard, j’aurais vu Joseph à Besançon où il viendra rejoindre le 8 courant le 42 ème de ligne.

L’ampoule que j’avais au pied est maintenant guérie et je suis en parfaite santé pour me mettre en campagne, maintenant combien de temps resterons-nous au camp de Mailly ?

Pour une fois je me vois à court pour remplir mes 4 pages. Je viens d’écrire à Tante Maria à Ysenave dont j’ai reçu une lettre il y a quelques jours.

Je vous écrirai en arrivant.

Recevez en attendant mes meilleurs baisers.

Paul.