Samedi 10 avril 1915.

Bien chers parents,

Maintenant que tout mon truc est astiqué pour la revue de ce soir qui sera passée par le Général Langle de Carry. Je viens vous dire un peu ce que nous faisons. Cette semaine nous n’avons fait de l’exercice que le matin, mais en tenue de campagne complète. Le reste de notre temps est passé à installer le plus confortablement possible notre cantonnement.  Et à faire pour les cuistanciers une grosse provision de bois.

Hier au soir, on nous a distribué des paillasses, sacs à puces et une couverture pour remplacer celle du sac qui doit toujours rester roulée dessus ; Vous voyez donc combien on est animé de louables intentions de nous laisser encore quelques temps ici. Tout le 407 est logé dans le village et savez-vous qui j’ai rencontré hier soir en faisant un tour en ville ? Marius Guillard en personne. Je n’ai pas besoin de vous dire si l’un et l’autre, nous sommes heureux de nous retrouver. Il est resté au 407 comme mitrailleur et loge à la cure à 20 mètres de moi. Cela me console de la perte de Damour, qui doit toujours être à Vercel, il a dû avoir les oreillons et en plus de cela s’était fait une entorse.

Le pays est assez plat avec de grands espaces découverts et des bosquets de sapins en énorme quantité. Dans ces bosquets logent des troupes d’arrières lignes qui se sont construit sous bois des huttes en bois et en terre qui font penser aux premières habitations des gaulois, ils sont là dedans parfaitement invisibles. Tous les soirs, nous voyons passer le ravitaillement. On y voit des autobus de Paris et quantité d’autres camions énormes. Tous les jours nous entendons par moment la danse recommencer du côté de Reims, mais il y a encore du temps avant que nous y soyons.

On ne nous donne toujours pas le N° de notre secteur postal, dès que je l’aurai, je ne manquerai pas de vous le dire, mais en attendant je vais me voir privé du plaisir d’avoir de vos nouvelles

Notre revue de ce soir, me paraît sérieusement compromise, il se met à pleuvoir comme si on la jetait. Enfin ça fera encore une soirée à roupiller.

Recevez chers Parents, Tante, Mémé et petite sœurette tous mes remerciements pour votre excellent œuf de Pâques et avec mes meilleurs baisers.

Paul