Correspondance CHAVENT Paul (suite)

Mercredi 28 avril 1915.

Bien chers Parents,

Décidément, nous avons de la chance pour notre entrée en campagne, le beau temps nous favorise et les deux jours que nous venons de passer dans les tranchées ont été deux belles journées de soleil et la nuit de magnifiques clairs de Lune.

Comme je vous l’ai dit samedi, nous sommes partis dimanche matin pour nos terriers, comme la dernière fois nous sommes arrivés vers les 10 heures du matin dans un bois de sapins où nous tirons notre flemme jusqu’à la tombée de la nuit, puis dans le plus grand silence nous prenons le chemin de nos mêmes tranchées, où mon escouade est de garde jusqu’à minuit, ensuite nous nous reposons jusqu’à 4 heures dans les abris. C’est là surtout qu’on y apprend à coucher sur la dure, ce qui ne nous empêche pas d’y dormir comme des bienheureux ; A quatre heures nous retournons à notre poste jusqu’à midi, puis jusqu’à huit heures du soir nous roupillons de nouveau pour recommencer ensuite comme la veille. Comme d’habitude les boches ont été d’une sagesse exemplaire, mais comme d’habitude aussi, ils sont venus nous barber à l’heure de la soupe avec leur 77. Les pauvres ! Il faut croire qu’ils ont de la poudre à envoyer aux moineaux. Tout leur bombardement n’a fait que blesser légèrement deux poilus du 405. A la seconde nuit, nous avons charrié à bras des tôles ondulées pour faire de nouveaux abris.

Jeudi.

La nuit m’ayant empêché de continuer ma lettre hier au soir, je le fais aujourd’hui. J’ai reçu ce matin une lettre de Damour, il est revenu au Valdahon où il est toujours, mais il est du premier détachement à partir.

Ce matin on a désigné les grenadiers et j’en fais partie, aussi aujourd’hui, je n’ai fait autre chose que de relever sur un carnet toute la théorie qui a trait à mon nouvel emploi. Les grenades que nous employons sont de cinq sortes et nous les lançons, soit à la main, soit avec le fusil et surtout soit avec un petit obusier spécial. Nous avons toujours un temps magnifique quelle différence avec le Valdahon. Mardi, les nôtres ont descendu un aéro boche, non loin de nous. Nous les regardons souvent mitrailler, mais c’est excessivement rare que d’un côté ou de l’autre le tir soit efficace. Aujourd’hui le canon se tient à peu près tranquille.

J’ai écrit hier à tante Marie à Isenave. Embrassez bien pour moi la famille de Fareins et recevez tous quatre les meilleurs baisers de : Paul.