Mercredi 9 juin 1915.

Bien chers Parents,

Je vous écris toujours du même cantonnement où nous attendons qu’on ait besoin de nous sur la ligne de feu, où je crois, on se bat maintenant en rase campagne. La bataille ne cesse pas d’y être toujours très vive, il nous est défendu de nous déséquiper étant en cantonnement d’alerte. Hier la journée s’est passée dans un pré à roupiller depuis 4 h du matin jusqu’au soir. Comme une petite rivière passe à côté de ce pré, j’y suis allé me baigner, il y a si longtemps que je ne m’étais pas lavé. Nous étions une dizaine quand tout à coup on crie « sac au dos », je n’ai pas besoin de vous dire combien de temps on a mis à s’habiller puisque nous ne sommes pas arrivés en retard. Vous m’enverrez mon pantalon au plus tôt, car depuis quelques jours, nous pratiquons tous l’élevage de certains petits animaux intéressants appelés poux. Je m’étonne que dans notre escouade, il n’y en ait pas eu plus tôt, ce qui n’empêche pas que ce soit tout de même de fâcheux locataires.

J’apprends à l’instant même que nous allons en marche à 10 km avec la chaleur qu’il fait, nous n’avons pas fini d’arroser la route.

Mille baisers.  Paul