Dimanche 19 juin 1915

Bien chers Parents,

J’espère que vous avez reçu ma carte que je vous ai envoyée il y a trois jours. Je ne vous donnais pas grands détails, car on ramassait les lettres au moment où j’écrivais. Donc, on nous avait fait démarrer l’autre jour, pour aller travailler aux tranchées, où nous arrivons à la nuit en passant par Mailly. Maillet qui quoique à la portée des pièces boches, n ‘a absolument pas souffert ce qui m’a fort étonné. Notre travail était de transporter des fils de fer barbelés aux premières lignes. Toute la nuit, les marmites ont fait un formidable chambard, c’est la première fois que je vois l’artillerie bombarder ainsi des positions pendant la nuit. Un seul obus est tombé sur un groupe qui creusait un boyau tuant 2 hommes et en blessant 7. Vous voyez donc que tant que l’on ne montre pas son nez au-dessus de la tranchée, l’obus peut tomber à 2 mètres sans vous faire le moindre mal que de vous couvrir de terre. Demain nous y retournons, c’est un peu dur à cause du sommeil qui nous prend pendant la marche du retour, mais nous pouvons toute la journée qui suit roupiller sur nos excellents lits à plumes. Ne vous faites absolument pas de bile à mon sujet, jamais je n’ai autant rigolé, ni peu fatigué que depuis notre séjour dans le Nord. Nous sommes une bande joyeuse à qui le temps ne dure guère à commencer par les plus vieux qui sont certainement les plus enfants. Puis le service n’est pas dur maintenant 3 h d’exercice par jour et une petite marche de 12 à 15 km et c’est tout, on en parlait justement hier au soir avec Guillard qui me disait, que pendant que nous passions tranquillement notre temps à boire un litre ensemble, vous deviez bien à tort vous faire du mauvais sang pour nous. Ce n’est plus du tout comme à Reims où il nous fallait prendre notre tour de tranchées.

Comme on ne trouve pas grand chose dans le patelin, un petit colis postal de 3 ou 5 kg me ferait plaisir, vous pourriez y mettre quelques conserves, du gruyère et du roquefort et ce qui me tente aussi une petite fiole d’eau de vie, 2 paires de chaussettes et du petit papier à lettre comme celui-ci. Pas d’alcool de menthe, ( j’en ai ) ni de chocolat j’en trouve ici pas trop cher.

Cent mille baisers à tous, on ramasse les lettres.

Paul