23 juin 1915

Bien chers Parents,

Je commence ma lettre après une alerte qui vient d’avoir lieu. Il est trois h environ, tout le monde était sur le flan en train de roupiller pour nous reposer des 35 à 40 km que nous avons faits cette nuit quand on est venu nous avertir que dans un quart d’heure il fallait être sur les rangs, puis une fois tout le monde prêt, l’ordre est venu de rentrer. On me dit maintenant qu’un nouveau rassemblement aura lieu à 4 h, est-ce pour aller ailleurs ?   

Le départ a eu lieu hier au soir vers 4 h, on nous a fait prendre des matériaux pour les transporter dans les tranchées boches qui ont été prises par nous dernièrement ; Ah les pauvres tranchées qu’est-ce qu’elles ont pris, il y en a eu du travail pour les remettre en état. Les boches savent tout de même bien les creuser, ils font des gourbis qui sont creusés à 5 m sous terre où ils sont parfaitement à l’abri des bombardements. Cette nuit ils nous ont laissé travailler tranquilles, à 4 h 30 nous étions de retour. Le régiment est toujours en réserve.

J’ai reçu une lettre de Marius qui me dit encore de me faire photographier. Je le ferais avec plaisir, mais cela m’est impossible, où trouver un photographe ? Je ferai tout mon possible pour vous procurer ce plaisir.

24 juin.

Le départ n’a pas eu lieu hier soir, mais il peut arriver d’un moment à l’autre. Aussi nous sommes en cantonnement d’alerte, c’est à dire toujours prêts à partir, il n’y a qu’à mettre son sac au dos et en route. J’en profite pour raccommoder tout mon bazar et faire ma volumineuse correspondance. Je vais répondre à l’oncle François et à Monsieur Janique qui l’un et l’autre m’ont envoyé une carte hier.

Joseph, n’a pas répondu à ma dernière lettre depuis qu’il est au régiment, on ne s’est encore écrit qu’une fois. Je vais lui envoyer une lettre aujourd’hui et lui passer quelque chose à ce sale bleu.

Je pense que vous avez reçu ma dernière lettre où je vous demande un paquet, je l’ai terminée en vitesse car on les ramassait au moment même

J’espère recevoir ce soir une grande lettre d’Hortense et termine ma lettre en vous embrassant comme je vous aime.

Paul.