Mardi 6 juillet 1915.

 

Bien chers Parents

 

J’aurais voulu vous écrire dimanche au retour des tranchées, mais en arrivant nous pensons plutôt à roupiller qu’à faire notre correspondance.

On a dû s’apercevoir que nous ne faisions guère de travail aux tranchées en faisant 35 km et travaillant pendant la nuit, et ma foi, c’était vrai, on ne cassait rien sachant qu’avant de roupiller, il y avait encore un nombre respectable de km à s’appuyer. Cette fois-ci, on s’en est pris différemment, le départ à lieu à 11 h pour arriver à un cantonnement à 2 h où l’on se repose jusqu’à 6 h et d’où le départ à lieu pour les tranchées. Cette fois la nuit a été employée à creuser les boyaux qui relient nos anciennes tranchées de premières lignes avec celles des boches que nous leur avons prises, il y a un mois. Au retour on se repose encore quelques heures dans ce cantonnement provisoire pour arriver ici bien moins éreintés que d’habitude.

Au retour, j’ai trouvé ici votre gros paquet qui m’a fait grand plaisir. Il m’est parvenu en bon état, sauf le bleu qui s’est un peu fait en route, mais qui n’en était pas moins meilleur pour cela. Les copains l’ont trouvé excellent. Vous avez peut-être vu sur les journaux que l’on accorde des permissions aux soldats sur le front. Seulement vous ignorez peut-être en quel nombre, hé bien pour le mois de juillet il y a quatre hommes sur la compagnie, c’est à dire sur 250 qui pourront en profiter ; leur voyage est payé et l’on s’arrange pour qu’ils puissent passer chez eux 4 jours complets. Les noms de ces heureux ont été tirés au sort. Si le mien était sorti quelle tête vous auriez faite en me voyant arriver. Pour le 14 juillet nous allons faire ici notre petite fête nationale, il y aura des jeux divers organisés et chaque homme touchera ce jour là un demi-litre de vin, presque de quoi marcher sur la tête à la fin de la journée ? Hier ma compagnie est allée se mettre en chantier dans un bois à 3 km d’ici où toute la journée, nous avons fabriqué des claies, fascines*et gabions pour utiliser dans les tranchées. Notre cuisine roulante nous suivait, car maintenant chaque compagnie a la sienne. Notre secteur est maintenant assez tranquille, il n’y a qu’au nord de Ar…. (sûrement Arras) que de temps à autre le canon tape sérieusement. Si seulement on pouvait finir avant l’hiver, mais notre idée ici est que nous y passerons encore la mauvaise saison, enfin on a toujours le temps de voir comment ça ira. Demain nous retournons aux tranchées de la même manière que la dernière fois. Je charge Hortense de donner le bonjour à tous ceux qui demandent de mes nouvelles et termine en vous embrassant tous de tout cœur.

 

Paul