11 octobre 2009
LA RELEVE (15)
LA RELEVE.
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Qu'est ce que la relève? D'après un journal du front, je ne me souviens plus du titre, en voici la définition vraiment exacte:
" La relève, c'est un mot magique! Savoir quand on sera relevé est la suprême curiosité! Etre relevé est le suprême soulagement! L'heure de la relève est, pour ceux qui quittent la tranchée, le terme de longues fatigues, parfois de longues souffrances, souvent de longs danger! Quel que soit leur courage, leur esprit de sacrifice, les " bonhommes " qui, après tout, sont des hommes, saluant avec joie, ceux qui les viennent remplacer! Ils leur sont reconnaissant de leur exactitude, les maudissent s'ils sont en retard! L'opération d'une relève s'entoure d'un véritable cérémonial! Lorsque une compagnie vient occuper, pour la première fois, un secteur, elle set précédée d'agent de liaison, chargés de reconnaître les boyaux, et l'emplacement des sections. Les deux Capitaines, le partant et l'arrivant, se présentent l'un à l'autre! Le partant passe les consignes à l'arrivant; il lui tend un reçu de tout le matériel qu'il lui transmet. Le nouveau venu signe l'inventaire les yeux fermés.
Dans les sections, les mêmes formalités s'accomplissent: Les quatre chefs de section qui arrivent reçoivent des quatre anciens chefs qui partent quatre inventaires de matériel. Les hommes placés sur les banquettes, cèdent leur place de bonne grâce, et les arrivants posent à voix basse aux partants des questions rapides… " Est-ce bien marmité ici? " Pour un même secteur, une même troupe, une même tranchée, un même emplacement de tir, la réponse diffère, suivant le tempérament de l'interrogé, son temps de service au front, le climat où il est né! La réponse est aussi hâtive que la question: " Non, ça va, ils nous ont laissés tranquilles! " ou bien " Ah mon vieux! Qu'est ce qu'ils nous ont balancé! "
Alors saisie d'une inquiétude aussi vague que le renseignement obtenu, la relève entre en possession de l'héritage de fatigues et de danger qui lui est légué!
Pourquoi dit-on, qu'elle que soit la nature du terrain, qu'on monte aux tranchées, et qu'on en descend, C'est peut-être parce qu'on monte au danger? Ou qu'on descend dans le calme!!
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Le 6 Octobre venait de se passer sous de violents tirs de barrage. La nuit descendait lentement; assis dans la tranchée, couverts de boue, pas lavés depuis quinze jours, nous attendions que le mot de " Relève " résonne dans la tranchée.
Soudain, Adrien DIDIER, l'agent de liaison de la section, débouche en courant du boyau NICHT, et nous dit en passant:
" Vous savez, on est relevés! "
" Vrai? Par qui? "
"Ah, vous savez, c'est un tuyau… mais ordre de se tenir prêts! "
Sur ces mots, DIDIER disparaît derrière un pare-éclat. Il allait porter un pli au Capitaine MOREAU. Le sergent SCARONI donnait bientôt de ordres:
" Equipez-vous, en silence! "
Une heure après, dans la nuit, des ombres se glissaient sans bruit, et descendaient vers nous. Courbés sous le sac, les hommes de la relève arrivaient:
" Les copains, on vous remplace! "
De suite, sans un mot, sans un ordre, nous retirons nos fusils des créneaux; et nos remplaçants debout sur la banquette de tir, nous finissons de nous équiper. Bientôt, alignés les uns derrière les autres, nous prenons la direction de l'arrière, après un adieu bref au régiment qui vient de nous succéder, sur se sol arrosé de notre sang, dans cette tranchée conquise par notre régiment, et où nous avons laissés tant des nôtres!!
La nuit est très obscure, mais cela n'empêche pas d'avancer très vite, ce qui produit des à coups dans la colonne. Nous avions hâte, ce jour là de quitter cette côte 119, ce Bois de la Folie, pour retourner dans des pays habités, où il ne pleut pas des marmites!!
Chacun se taisait, avançant le plus vite possible, piétinant, sans les voir, les cadavres que le dernier bombardement avait semés dans les boyaux; dégageant, d'un violent coup de tête, les branches ou les fils qui faisaient obstacle, et faisant éclabousser la boue.
Au détour d'un boyau, GIQUEL André, 1ère Section, s'arrêta un instant pour rattacher ses bandes molletières. Un obus arriva en ronflant, éclata sur le parapet, et lui broya la tête! Pauvre GIQUEL, Toi si heureux d'être relevé…
Rapidement, après cet incident, nous gagnons la route de Béthune, le boyau d'Ecoivres. Une fois au village de la Targette, nous ralentissons notre marche, car il y a moins de danger. – Ah, qu'il fait bon respirer l'air pur, après quinze jours d'enfer!!
Sur le bord de la route, gisent quelques cadavres noircis, tordus et raidis, datant des premiers jours de l'attaque… Nous n'osons pas les regarder, de peur de reconnaître des camarades du Régiment.
Nous arrivons à Bray, puis à Ecoivre; nous reprenons goût à la vie, et oubliant les camarades tués ou blessés, restés sur le champ de bataille, nous nous réjouissons en pensant à la bonne paille fraîche où nous allons dormir la nuit prochaine! En tête de colonne, quelques camarades se sont mis à chanter.
Le jour se lève. A l'horizon le soleil monte, et dans la plaine d'Artois, on entend chanter l'alouette qui a l'air de saluer, de son chant matinal, les Poilus du 407, qui ont battu la Garde Prussienne!!
Les premiers rayons du soleil viennent nous caresser, et vont sécher nos uniformes de boue…
Décidément la vie a du bon!!!
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22 septembre 2009
DERNIERS EFFORTS (14)
DERNIERS EFFORTS.
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La nuit est venue. Les hommes se rapprochent, marchent entre les abris, bloqués par des morts. On se groupe et on s'accroupit. Quelques-uns ont posés leur fusil à terre; nous sommes noircis, brûlés, les yeux rouges; et balafrés de boue! On ne parle presque pas, mais on cherche ceux qui sont encore vivants…
Dans la plaine, les brancardiers cherchent, s'inclinent, s'avancent deux à deux. A droite, on entends des coups de pioches et de pelles.
De la tranchée, nous voyons, vers l'est, une lueur se propager, plus bleue, plus triste qu'un incendie: c'est le matin qui vient…
La plaine est un épouvantable charnier; les cadavres y foisonnent! Des hommes vont et viennent, identifiant les morts de la veille; retournant les restes, et cherchant des camarades!!
Plus loin, on retrouve des cadavres qui ne sont pas de la veille, et pourtant, ce sont des français! Ce sont des Zouaves de l'attaque de Mai. Nos premières lignes se trouvaient alors au bois de Berthonval, à sept kilomètres du point où nous nous trouvons actuellement. Dans cet assaut formidable de Mai, les vagues d'assaut étaient parvenues jusqu'à ce point. Trop avancées sur le front d'attaque, elles ont été prises de flanc par les mitrailleuses, qui les ont fauchées, leur trouant le dos, les hachant!! A côté de têtes noires comme des momies, remplies de larves, où la blancheur des dents pointe dans les creux; à côté de pauvres moignons, on découvre des crânes nettoyés, jaunis, coiffés de chéchias en drap rouge; des fémurs sortent de loques infectes… Des côtes parsèment le sol, et auprès de ces débris humains, des quarts et des gamelles, transpercés et aplatis…
Parfois, des renflements allongés, car ces morts sans sépulture finissent par entrer dans le sol! Un bout d'étoffe, ou un soulier, sort, indiquant qu'un soldat est anéanti là!!!
Il y a même des cadavres ennemi en putréfaction; avec leur calottes grises, leurs vestes verdâtres, et leur figures desséchées, dont l'intérieur est une fourmilière… Des vers sortent des trous , où étaient leurs yeux… A côté d'un trou d'obus, une main crispée, jaunâtre, sort de terre…
Le talus ou nous sommes s'appelle la tranchée des Zouaves. – La terre est tellement pleine de débris de toute sorte: troncs d'arbres, obus, cadavres, etc.. que les éboulements découvrent des hérissements de squelettes, de pieds et de crânes!!
Le fond du ravin est tapissé de débris d'armes, de linge et d'ustensiles! On foule des éclats d'obus, des ferrailles, des casques troués par des balles… Dans le boyau Nicht, deux cadavres allemands sont étendus : un sous-officier, sur la banquette, le ventre ouvert; à côté de lui, un autre allemand, le crâne fracassé…
Des sifflements déchirent l'atmosphère! Une rafale de fusants éclate sur nous: c'est le tir de barrage qui recommence! Un ronflement rauque nous tombe dessus; on se jette à terre, pas assez vite: le schrapnel éclate, assourdissant! Un soldat tombe, les bras en avant. Un autre s'abat comme une masse! Deux autres se sauvent en hurlant, pour aller tomber grièvement blessés, cent mètres plus loin…
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Le mont St Eloi dresse ses tours fracassées. Pauvre église!! Il n'en reste plus rien… C'est le point de repère de l'artillerie lourde ennemie! Le village est à moitié en ruine… C'est là que nous défilerons demain, si nous sommes relevés! Mais cette relève n'est pas encore faite!! DIDIER, agent de liaison, arrive, et nous dit: " On n'est pas relevés! tant que le 407 n'aura pas pris le Bois de la Folie! C'est le Général FOCH qui là dit! "
Ce n'est donc pas la peine de penser au repos! Après tant de souffrances, il va falloir remettre ça! C'est malheureux tout d'même!!
Nous touchons des cartouches et des grenades. C'est pour de bon… L'artillerie commence son tir: un bombardement pépère!! Qu'est-ce que les boches vont encore prendre sur le nez! Le 2ème régiment de la Garde Prussienne prend la piquette…
Le Capitaine MOREAU arrive, ajuste son lorgnon, et, en se grattant la barbe, nous crie: " Mes p'tits gars, c'est l'heure! Attention! "
Le Sergent SCARONI, lui parle. Sa figure violacée se crispe. Il prends un air grave pour hurler: " 9ème Cie… Baïonnette… on… "
Il monte sur la banquette, et au moment où l'artillerie allonge le tir, donne la main au Capitaine MOREAU, qui saute sur le parapet, en hurlant l'ordre d'assaut: " En avant, les gars! "
Nous partons en hurlant… Je ne veux pas décrire ce dernier assaut, car il y en aurait trop!!
En trente bonds, nous sautons dans la tranchée ennemie. Une lutte terrible de corps à corps s'y livre pendant une demi-heure… L'ennemi se sauve. Un petit sous-lieutenant nous arrête, au moment où nous allions repartir en avant: " Retournez la tranchée " crie l'officier. Une balle lui fracasse la cervelle, et le renverse sur le parapet… Nous sommes consternés, et furieux de voir tomber notre chef! L'ennemi, à ce moment, arrive par un boyau, et commence à nous tirer dessus… Plusieurs camarades tombent… Un sergent se dresse pour crier un ordre: une balle lui rentre son cri dans la gorge… Le Caporal MARLY jette des grenades; il s'abat, tué raide, sur son sergent…
Nos chefs sont frappés l'un après l'autre! Il n'y a plus de commandement. Piétinant des cadavres, tirant au hasard, la tête découverte, nous repoussons la contre-attaque, avec des pertes cruelles pour nous!
Dans la tranchée, aux cris des hommes tirant sur l'ennemi, se mêlent maintenant les gémissements des blessés! Un petit soldat du 74ème, la poitrine traversée, veut mourir en regardant l'ennemi. De sa main crispée, il bouche le trou par où son sang coule. Mais bientôt, épuisé, il roule au fond de la tranchée, dans la boue sanglante… Pierre MARTIN, tu est mort face à l'ennemi… Tes camarades se souviendront de ta fin!
Autour d'un trou d'obus, dans la boue rougie, crient encore quelques blessés qui agonisent en poussant des hoquets rauques, couchés sur des morts ennemis.
Aujourd'hui encore, je me demande comment je n'ai pas été tué! La crosse de mon Mauser fracassée d'une balle; mon bidon traversé; mon casque fendu!! Et dire que je suis sorti de cette mauvaise passe sans une seule égratignure!!
A la tombée de la nuit, jugeant notre position intenable, le Colonel ALLAIN nous donnais l'ordre de nous replier. Notre assaut n'avait servi qu'a faire tuer cinquante de nos camarades, et nous nous replions avec autant de blessés…
24 août 2009
REVERIES DANS LA NUIT (13)
REVERIES DANS LA NUIT.
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Nous avons attaqué dans la soirée, mais l'attaque n'a pas réussi! La zone morte, cette partie du champ de bataille que les anglais nomment le " NO Mans Land " est jonchée de cadavres de chez nous. Les cadavres, taches bleu pâles sous la lune, sont étendus les bras en croix, et dans des positions diverses.
Les fusées montent, entraînées aussitôt par le vent. Les rats courent sur les parapets, à la recherche d'un cadavre.
Il est une heure du matin; je prends la garde aux créneaux. Il fait froid. Je frissonne sous ma capote en lambeaux. Je marche un peu, pour éviter l'engourdissement. La mélancolie s'empare de mon âme; je deviens triste, et la peur me prend. Peur morale, faite de lassitude et de lâcheté.
Je me sens triste, très triste! Le vent m'apporte l'écho d'un roulement de voitures. Ce sont sans doute des batteries allemandes qui arrivent dans le Bois de la Folie.
Oh! nuit lugubre! Pourquoi lutter? A quoi bon vivre, et ne mourir que demain, Tuer, et ne pas pouvoir mourir! Pourquoi souffrir plus longtemps?
Oh! Soirées de septembre, si belles, et pourtant si tristes! Combien les nuits nous semblaient longues, et comme le découragement s'emparait vite de nous. Rien à manger, rien à boire… Et il fallait tenir , sous une pluie torrentielle, sans abri, et sous une grêle de mitraille, voyant chaque jour, tomber un camarade de combat…
Combien de fois avons-nous pleuré en silence, dans la tempête du canon, ou entendant siffler les rafales d'acier qui tombaient autour de nous, fauchant jeunes ou vieux, sans souci de l'âge ni du grade…
Je te revois encore, pauvre petit COURBERON, sanglotant, le ventre vide et les pieds gelés, dans une boue noire et infecte, appelant ta Mère… Et toi, ROCH, les deux jambes fracassées, étendu dans un trou d'obus, sous la pluie, agonisant pendant trois jours et trois nuits!!!
Je te revois encore, - après trois ans - quand on te descendait dans la tranchée, dire à ton brave Chef de Section, L'Aspirant TRIOLLET, mort au Champ d'Honneur depuis, " Mon Aspirant, ne dites jamais à ma mère combien j'ai souffert! Dites-lui que je suis mort d'une balle au cœur! "
Heureusement, la mort ne voulut pas de lui, et, sur sa poitrine, la médaille militaire vint récompenser son héroïsme et ses souffrances!!
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Je n'ai jamais vu que deux lâches dans ma compagnie. C'est dire le cas que je fais de mes camarades, de leur audace, de leur folle bravoure. Les meilleurs, quand on leur annonce l'attaque, sentent un frisson leur glacer le cœur!!
Ah! que de tableaux on a sous les yeux, horreur!!! Si vous saviez, civils ignorants, embusqués de l'arrière, qui osez quelquefois parler de la guerre!! Il faut avoir vu, comme nous, toute l'horreur de la guerre!! – Si vous saviez, les chemins faits à plat ventre dans l'obscurité, en passant sur des cadavres gluants de sang; sur des mourants qui jettent leur dernier cri de détresse, et demandent à boire, en appelant d'une voix déchirante " Maman, Maman! " - On marche sur des agonisants qui prononcent d'un accent désespérés quelque nom de femme! – Si vous saviez dans quel état peuvent mettre la fatigue et la faim, poussées hors de la limite des forces humaines!! On a plus qu'une pensée: dormir, dormir jusqu'à la fin du monde! Et cependant, on tient, on se raidit, on tient quand même… Et c'est là le miracle…
Je me souviens qu'un jour, creusant une tranchée dans laquelle il fallait piocher à genoux, les jambes dans l'eau, à bout de fatigue, j'avais envie de pleurer comme un petit enfant!!!
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18 juillet 2009
HEURES SOMBRES (12)
HEURES SOMBRES.
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29 septembre. Nous n'avons rien mangé aujourd'hui. C'est le commencement! La journée se passe à tirer sur les ennemis que l'on aperçoit. Deux sont abattus par un feu de salve.
A notre droite, un bombardement violent; des obus de gros calibre passent sans arrêt, et vont éclater vers la route de Béthune.
30 Septembre. Il pleut depuis quatre heures du soir. Il y a douze heures que je suis de garde dans ce coin de tranchée. Je sens mes jambes fléchir; nous n'avons rien dans le ventre depuis quarante huit heures! On a beau être brave!! – Je suis relevé de garde par TOLLER; il s'accoude au parapet, et se met à rêver à la lueur des fusées ennemies… Du côté de Souchez la fusillade crépite. Je me laisse tomber sur la banquette de tir, la tête appuyée contre un sac; je ferme les yeux, épuisé par la faim et par la fatigue… Pif, Paf… Un coup de fusil d'en face me réveille. J'ouvre les yeux… La balle a frappé TOLLER dans la bouche… Elle sort sous le menton, pénètre dans la poitrine, et ressort par le dos pour venir s'enfoncer dans la parapet au dessus de ma tête! Je vois la face de TOLLER se figer en un masque terrifiant! La tête se penche sur la poitrine, et après avoir chancelé, il s'abat dans la tranchée…TOLLER est mort, tué sur le coup…
Encore un a ajouter à la liste sanglante des morts de la section. Immédiatement, à la lueur des fusées, on creuse un trou derrière la tranchée, et on l'y enterre… Une heure après, chacun reprends sa place tristement, en se demandant: A qui le tour??
Le bombardement de nos tranchées par l'ennemi continue de plus belle. Vivement la relève!
Cette nuit, on a fini de relever les blessés; depuis le soir de l'attaque, on les entendait hurler sur le champs de bataille…
ROCH, de la 3ème section, pendant trois jours criait, jour et nuit, appelant les brancardiers à son secours… Combien sont morts dans la plaine, après d'atroce s souffrances,
1er Octobre. Cette nuit nous avions tellement faim que l'Aspirant TRIOLLET, TANCRET et moi, nous sommes allés en patrouille pour fouiller les sacs des morts, à la recherche de biscuits et de boîtes de conserve!
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VILLARDRY, de la 8ème escouade, vient d'être frappé en plein crâne par un éclat. Le malheureux agonise dans la tranchée et meurt… (12 heures après, sans avoir repris connaissance! ) Encore un brave garçon de la Section qui disparaît!
La nuit est froide et humide; pas de lune, pas une étoile au firmament! Il faut ouvrir les yeux et surtout avoir de bonnes oreilles! L'ennemi profite souvent des nuits sans lune pour tenter ses coups de main.
La nuit s'écoule lentement; un guetteur sur deux, est debout, son fusil au créneau. Les mains dans les poches, il va et vient, tout en jetant un coup d'œil par dessus le parapet, pendant que son camarade dort, en attendant son tour de garde.
Aujourd'hui, nous avons mangé un biscuit pour deux, et une boîte de singe pour quatre; de l'eau jaunâtre, qui vient du poste d'eau de la route de béthune.
Là-bas, sur notre gauche, du côté de Loos, une canonnade furieuse se déclenche, qui dure environ une heure: sans doute un coup de main des anglais.
Le Sergent SCARONI vient bavarder un moment avec moi, puis se dirige vers la tranchée Nicht pour surveiller des corvées de terrassement.
A côté de moi, un camarade s'est endormi; il est presque couché dans le boyau. Je me penche sur lui " Relève toi, lui dis-je, tu encombre le boyau, on ne peut plus passer. " – Pas de réponse! Il ne bouge pas… Je le secoue à nouveau… rien… Je sors ma lampe électrique, et j'éclaire son visage: c'est CHANTEREAU, de la 5ème escouade. Un éclat d'obus lui a fracassé la tête pendant qu'il dormait… Il est mort sans souffrance… Avec TANCRET, et BOUILLAGUET, nous le transportons dans un trou d'obus; il sera enterré tout à l'heure…
Le sergent SCARONI arrive, et nous dit à voix basse: " Alerte! Tout le monde au créneau, fusils chargés à répétition, prêts à faire feu! On s'attends à une attaque! "
Vite, nous prenons nos emplacements de combat. On nous annonce que l'ennemi vient en rampant dans notre direction. Il est à cinquante mètres de nous, vers les réseaux Bruns. Rapidement, à voix basse, le Sergent donne des ordres: " Approvisionnez, hausse de combat! Ne pas tirer sans ordre! Visez soigneusement à ras de terre, et, surtout, gardez tout votre sans-froid! " Le silence est impressionnant; la tranchée est garnie, nous sommes coude à coude! SCARONI allume une fusée, qui monte dans le ciel noir avec un bruit de chemin de fer! C'est le signal: Plusieurs fusées s'élèvent, et, bientôt; une dizaine de grosses étoiles se balancent à cent mètres de hauteur, éclairant le terrain.
Surpris dans leur avance, les allemands se dressent, et bondissent en hurlant! Un commandement part de notre tranchée:
" Section… Joue… Feu! "
Un crépitement se fait entendre.
" Charger… Joue… Feu…"
La mitrailleuse se met de la partie. Des allemands culbutent. Les fusées continuent à monter pour allumer leurs étoiles, avec un petit bruit sec. Les feux de salves se succèdent, suivi d'un feu à répétition qui achève la déroute de l'ennemi.
Tout rentre dans le silence et dans l'ombre.
La nuit s'achève sans autre incident! Devant nous, on entend les blessés ennemis qui appellent au secours.
Bientôt, le jour se lève… Il n'y a plus rien sur le terrain… L'ennemi a enlevé ses morts et ses blessés.
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18 juin 2009
L'ASSAUT SUPREME (11)
L'ASSAUT SUPREME.
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L'ordre vient d'arriver de repartir en avant. Il faut parvenir à prendre pieddans le Bois de la Folie. L'attaque se déclenche sur notre droite. Le soir tombe, mais le temps est
d'une grande visibilité! Tous les points du Champs de bataille se couvrent d'une nuée de soldats qui semblent surgir de terre, et foncent sur un ennemi invisible, qui couvre la vague
d'assaut d'une pluie de balles.
Une batterie allemande de 105mm est en lisière de la Folie, et les pièces débouchent à zéro. Les obus nous éclatent sur la tête, avant le bruit du départ. Un hurlement se fait entendre… Par bonds, la vague d'assaut arrive près du but, et c'est à qui hurlera le plus fort! Cris de douleur… cris de rage… et cris de victoire…
Une compagnie allemande surgit à cent mètres. Combien sont-ils? Cent? Deux cents? Peu importe! Un officier du 1er bataillon désigne l"ennemi de son bâton, et sa voix résonne au milieu des éclatements: " Poilus du 407! Encore un peu de courage, et la Folie est à nous!! A la baïonnette! Et pas de pitié! "
Le choc a lieu trente secondes après. Mais, comme l'ennemi a, sur nous, l'avantage du nombre, du terrain et du commandement, nous reculons de trente mètres. Bientôt, la lutte à l'arme blanche s'engage! Il se produit des corps à corps au couteau… Des blessés, couchés au fond des boyaux, nous tirent dans le dos. Il faut en finir… quelques hommes ramassent des pelles-bêches, et fendent les têtes des blessés ennemis… les pelles coupent les mains; et fendent les crânes…
L'ennemi recule, pressé par nos baïonnettes! Nous arrivons sur la tranchée de cinquième ligne. Une explosion terrible me renverse, ainsi que plusieurs camarades… Nous nous secouons, et, avec des rugissements, nous sautons dans la tranchée.
Au milieu de la fumée, j'entrevois mes camarades fonçant, baïonnette en avant, dans le trou d'où les boches tirent sur nous, à bout portant. Puis plus rien… On sent que c'est la fin! L'ennemi nous abandonne sa tranchée…
Je repars en avant, à sa poursuite, entraîné par une Compagnie du 24ème R.I.; avec plusieurs de mes camarades, nous arrivons à cinquante mètre du Bois, et harcelés par le tir des mitrailleuses, nous nous couchons dans la boue, en tirailleurs.
BECKER Jacques est à ma droite, et VUILMAU à ma gauche; nous tirons sur des silhouettes que nous apercevons devant nous. La nuit, à présent, est tombée! Le canon est calmé… Alentour, le râle des mourants… A un certain moments, j'appelle BECKER pour avoir des cartouches; il ne répond pas! Le pauvre garçon est mort, frappé d'une balle en plein front… A gauche, VUILMAU a la figure dans la boue et repose dans une flaque de sang… Epouvanté, je recule lentement jusqu'à un trou d'obus, où j'attends que les rafales de mitrailleuse s'arrêtent. Je me retrouve avec Gaillard, Caporal à la 1ère section. Nous retrouvons nos camarades du 407 en pleine action! On se bat encore sur certain points… Le Lieutenant GERAR-DUBOT insulte l'ennemi, et lui lance des grenades .Dans la tranchée, on foule des corps mous, dont quelques-uns remuent… Des cadavres sont entassés, en long et en travers, sur des blessés qui gémissent et réclament les brancardiers!
Nous passons la nuit sous la pluie, couchés dans la boue, nettoyant nos fusils, en prévision d'une contre-attaque de l'ennemi, qui heureusement, est aussi fatigué que nous!!
VAGNEZ, de la 5ème escouade, est parti depuis cinq heures du soir porter un pli, et n'est pas revenu, tué dans le bled… TISSERAND et GRANGJEAN ont disparu… Encore trois bourguignons de moins! Pendant toute la nuit, nous creusons la tranchée, et retournons les créneaux du côté de l'ennemi. Tout est calme, mais dans la plaine, on entends les plaintes des blessés… Ici, on appelle les brancardiers. Là on demande à boire… Plus loin, un mourant réclame sa Mère… Ce soir de bataille est bien triste!! Combien de camarades sont tombés dans la plaine de Vimy? Je l'ignore! A ma section, nous restons 8 sur 48……
Le soleil se lève lentement. La nuit est finie. La bataille va peut-être reprendre de nouveau. Une mitrailleuse ennemie tire sur des renforts qui nous arrivent. – On demeure là… Les vivants ont cessé de se battre, et les mourants achèvent de mourir… L'exaltation est apaisée; il ne reste plus que la fatigue, et l'attente qui recommence… De quoi cette journée sera t elle faite? Nous ne le savons pas! Est-ce notre dernier jour de souffrance? Nous le souhaitons!
12 juin 2009
L'ASSAUT EST FINI (10)
L'ASSAUT EST FINI!
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Je regarde à droite, à gauche: partout des camarades inconnus. Ici, c'est un poilus du 407… Plus loin, un vieux briscard du 405… Ailleurs, une escouade du 74ème… Là, un sous-officier du39ème… Il n'y a plus d'unité de formée… Qui nous commande? Je l'ignore complètement, et je m'en moque… Que ce soit un officier du 407ème ou du 129ème, je retrouverai mon régiment après la tourmente!
Nous traversons des réseaux de fil de fer; nous franchissons des tranchées, des boyaux… maintenant, l'avance devient plus lente. Sous une pluie d'obus de tout calibres, nous arrivons contre la troisième ligne ennemie. Je me retrouve à côté de l'Aspirant T………, et au milieu de plusieurs camarades. Le Capitaine, commandant la 8ème Compagnie, tombe, mortellement blessé… D……….. est touché à la tête, et s'abat comme une masse, au milieu des fils de fer… - devant nous, à quelques mètres, une mitrailleuse tire encore, et pourtant, déjà, l'ennemi se rend. L'aspirant, en courant saute dans la tranchée, et brûle la cervelle d'un officier allemand. A côté, la mitrailleuse, actionnée par un sous-officier, tire toujours… D'un coup de revolver dans la tête, notre Chef le met hors de combat. Ce malheureux boche était attaché par une chaîne à sa mitrailleuse, de façon à ce qu'il ne puisse se sauver…….
Enfin, voici la troisième ligne à nous. Nous sommes exténués de fatigue; nos fusils sont des paquets de boue. Il n'y a que nos baïonnettes qui luisent; elles ont soif de sang. Je jette mon fusil, qui ne fonctionne plus, et je ramasse un fusil Mauser ainsi que plusieurs chargeurs. Avec ça, j'aurai de quoi me défendre, si l'ennemi organise une contre-attaque.
En avant! A la quatrième ligne!! W……., après un bond de vingt mètres, reçoit une balle dans une jambe. Il tombe en poussant un juron! D……….. veut le traîner dans un trou d'obus. Le pauvre V……… reçoit une autre blessure: une balle lui traverse l'épaule droite, tandis qu'un éclat d'obus renverse D…….. sur lui… P….. a les deux mains traversées… Le Sergent pionnier reçoit une balle dans le ventre… Le Caporal V……. est grièvement blessé… Le Caporal G…….. est tué… la lutte est grave!
Nous sommes sur le parapet de la quatrième ligne. Plusieurs groupes ennemis ne veulent pas se rendre, et un cinquantaine de soldats, en gris verdâtre, foncent sur nous, baïonnette en avant.
Le choc a lieu. Des poitrines sont trouées. Je suis sur la gauche de ce corps à corps, qui tourne à la boucherie! L'ennemi est repoussé, mais une dizaine de forcenés surgissent devant nous. Un feu à volonté en couche la moitié sur le carreau, et le reste s'enfuit… Nous sommes maître de la quatrième ligne. Sans une minute de répit, nous avons pris trois lignes successives de tranchées, depuis le départ de la 1ère ligne ennemie! Nous avons fait une avance de plus de 1500 mètres!
Des section entières d'allemands arrivent en hurlant leur " KAMARADE " pas kapout "…
La 5ème ennemie tire toujours. Des cadavres, en gris, recouverts de boue et de sang, emplissent la tranchée. Les obus nous arrivent dessus avec moins de précision. Soudain nous sommes bloqués net. Impossible de repartir. Les balles sifflent, innombrables de nouveau. Elles viennent de partout. Nous sommes obligés de nous terrer dans cette tranchée, et d'attendre que l'aile droite progresse, car nous avons trop avancé!
L'ennemi a repéré soigneusement cette tranchée, alors qu'il la possédait. Ses obus tombent nombreux, méthodiques. Pas un pouce de terrain, pas un mètre du parapet qui ne soit retourné! Tout d'abord, nous n'y prenons pas garde, habitués à la pluie de ferraille! Mais nous nous apercevons bientôt que notre artillerie tire trop court… Notre avance a été très rapide sur ce point, et les 75, croyant pilonner l'ennemi, qui est en fuite, sont en train de nous assommer. Nous lançons de suite les fusées "Allongez le tir. " La fumée des explosions est si intense que les observateurs ne voient pas nos signaux, et les 75 continuent à démolir les tranchées. Déjà une dizaine des nôtres, sont étendus, morts ou blessés! Allons nous être obligés de reculer?
Le Lieutenant G……….. monte sur le parapet avec des panneaux blancs, pour faire des signaux, qui sont aperçus par un avion observateur; celui-ci fait allonger le tir.
L'orage de fer est arrêté; il est impossible d'observer ce qui se passe. Partout des fumées rampent sur le sol, s'élèvent et voilent l'horizon. Devant nous, le Bois de la Folie semble en feu; c'est à peine si, derrière nous, on aperçoit la route de Béthune! Des fusées rouges, vertes et blanches montent sans cesse dans le ciel. Fusées allemandes? Ou fusées françaises?
Le soleil est brûlant. Il est quatre heures de l'après-midi. Sur nos fronts, la sueur coule! Dans l'air, flotte une odeur de poudre et de cadavres en putréfaction! Aux détonations de l'artillerie se mêlent les bruits de tir de mousqueterie et de grenades. Là-haut, dans les nuages, des avions se battent; on entend un faible crépitement de mitrailleuse, parmi le vrombissement des moteurs.
Derrière nous, la fumée se dissipe, un peu; des renforts montent en colonne par quatre. Des marmites éclatent au milieu! Parmi les sections, des hommes s'abattent. Une batterie de campagne accourt. Les petits 75 se mettent en position au milieu de la pleine, à découvert. A peine en place, le tir commence. Les obus soufflent à ras de la tranchée pour aller éclater en lisière du bois. La riposte arrive, écrasante! Plusieurs grosses pièces tirent du côté de VIMY; ce sont des 210, qui soulèvent, en éclatant, des gerbes de terre; puis les 77 commencent à tomber comme grêle! Nous regardons cette lutte: artillerie contre artillerie! Le Capitaine est tué sur sont cheval, héroïque jusqu'au bout! Les chevaux tombent; les conducteurs les suivent. Une pièce est mise hors de combat; les trois autres tirent, de plus en plus vite… Un échelon de munitions arrive, mais deux caissons sautent! Une deuxième pièce est hors de combat; les autres tirent à la vitesse maximum! L'avant-dernière éclate… Des hommes tombent! Les Artilleurs sont morts, blessés , ou se sont réfugiés dans des trous d'obus. Il n'y a plus qu'un officier et quatre hommes, au milieu des explosions d'obus de tous calibres. Ils continuent à servir la pièce… La batterie agonise… Puis, une détonation plus forte que les autres: les derniers artilleurs tombent et disparaissent dans la fumée… Un moment d'arrêt! – La dernière pièce vient de sauter… La batterie de 75 est morte, mais, devant nous, la tranchée ennemie est nivelée!
02 juin 2009
L'ASSAUT CONTINUE (9)
L'ASSAUT CONTINUE.
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Dans la tranchée ennemie, nous reprenons haleine, avant de repartir dans la fournaise! Ici, nous sommes un tout petit peu protégés par les parois de la tranchée. L'intérieur est rempli de fusils Mauser, alignés sur la banquette de tir, et de sacs de grenades. Au fond, des cadavres, dont les mains crispées serrent des canons de fusil. Ici, un cadavre, étendu à plat ventre, un bras replié, laisse voir des manches grises à parements rouges de la Garde Prussienne… Des jambes bottées sortent d'un amas de terre… Le talus est renversé. – Le Lieutenant C……. – ( de Saulon-la-rue, Côte d'or ) notre Chef de section, se dresse sabre au poing:
" Allons, les gars, il est l'heure de repartir. En avant! Et surtout, pas de désordre! "
Il monte sur le parapet et s'élance. Nous escaladons le talus en trébuchant sur les cadavres allemands, et nous repartons, en laissant les morts dans leurs fosses. Le tir de barrage continue.. d'infernales décharges de 105mm s'écrasent derrière nous; où nous sommes, c'est un point mort pour l'artillerie: on peut respirer quelques secondes…
On cesse d'être fou et sourd. On se regarde. On se compte… Hélas! Les vides sont grands! Et la fusillade crépite de plus en plus, en avant de nous. C'est la deuxième ligne ennemie qui tire. Le lieutenant C……… tombe, une épaule fracassée… Plusieurs de nos camarades veulent l'emporter à l'arrière. Il se soulève sur son bras valide, et hurle:
" Nom de Dieu! Foutez-moi la paix… Moi j'ai mon compte! Vous autre, en avant!! "
Il s'affaisse, perdant son sang; on le met dans une toile de tente, et, sous la surveillance d'un blessé, on le fait transporter à l'arrière par deux blessés ennemis, qui viennent de se rendre…
L'attaque continue… B…….. a la main droit traversée… Nous arrivons dans un passage dangereux: il s'agit de traverser la route de Givenchy, balayée par deux mitrailleuses ennemies!! Couchés à plat ventre dans les trous d'obus, il va falloir passer par petits groupes. Une dizaine des nôtre restent sur le carreau… et il faut continuer notre avance, par bonds successifs de vingt mètres. A chaque bond, plusieurs d'entres nous ne se relève pas! Sur le centre, l'ennemi contre-attaque. Il y a un flottement. Les Sous-Officiers hurlent ( les Officiers se font rares!):
" Camarades à la baïonnette ! "
les hommes hurlent de plus belle, et l'assaut reprend! L'Adjudant a pris le commandement de la compagnie. Une mitrailleuse nous prend d'enfilade, et nous fait beaucoup de pertes… Nous restons un bon moment couchés en mitrailleurs, n'osant plus bouger! Les balles allemandes perforent les crânes avec un bruit mat…
Le sergent C……., un grand barbu, notre Chef de Section en remplacement du Lieutenant C…….., s'élance , le fusil à la main. Il crie des mots que nous n'entendons pas, dans l'orage des éclatements… Nous voici repartis en avant.
Une grêle de balles nous fait courber la tête… Je reçois un choc dans le dos: c'est une balle qui vient de traverser mon sac! Le Sergent C……… s'abat, une cuisse fracassée… Nous voulons le panser, mais il ne veut pas. " Allez mes amis, ne vous occupez pas de moi! Les brancardiers m'emporteront. Quant à vous, en avant! "
Il nous serre la main, et montre la direction de l'ennemi. Nous repartons… Le champ de bataille est couvert de vagues de tirailleurs, qui s'élancent vers le Bois de la Folie.. Près de moi, deux hommes culbutent, roulent l'un avec un grand cri, l'autre sans dire un mot. Un troisième est écrasé par une marmite, et disparaît… A la place où il était, il n'y a plus qu'un grand trou noir fumant, et un peu de sang… Horreur!!
Un sergent, en avant de nous, se retourne et crie:
" Vous êtes trop serrés! Mettez vous à dix mètres! "
Il s'arrête, porte la main à son cœur, et tombe à genoux; son corps se penche en avant, et il roule… le sang sort à flots de la blessure! Un frisson, et plus rien…
On ne voit plus d'officiers. Où sont les sou-officiers? Peut-être tous morts? Il y a de l'hésitation dans la marche à l'avant, mais un soldat de la troisième Section, L………., s'élance en tête de ses camarades! " Camarades en avant, et vengeons nos morts! "
La ruée en avant est plus ardente, après ce cri, lancé dans la tempête…
Tout près de nous, C…….., la figure ensanglantée, tombe. Il se relève sur les genoux, tends le poing au boches, et retombe… Il crispe ses mains et creuse la terre… Nous approchons de la tranchée ennemie, mais le feu des mitrailleurs boches devient plus précis. B……… Albert s'abat, le mollet traversé… B…….. culbute, un éclat dans la jambe… Le Sergent B………, une balle en pleine tête, tombe dans un trou d'obus… B……. a les reins brisés... L'Aspirant T……….. a pris le commandement de la vague d'assaut. L'attaque devient une fuite en avant. Tête baissée, éperdus, nous courons droit sur les nids de résistance boche. Une nuée de balles gicle autour de nous. Il y a des chutes encore plus nombreuses; des cris, des hurlements. Et ceux qui ne sont pas atteints, regardent en avant… Nous marchons parmi la mort, qui frappe sans arrêt autour de nous.
L'ennemi abandonne la tranchée au moment où nous arrivons, à dix mètres. Des sections ennemies entières se dressent sur les talus. Ils se rendent pendant que leurs camarades tirent encore…
Sur notre droite, il y a un vif assaut à la baïonnette. On se bat à l'arme blanche, mais, où nous nous trouvons, les allemands se rendent, complètement abrutis, et à moitié fous… Sans une minute de répit, nous traversons la tranchée de deuxième ligne, et repartons en avant.
24 mai 2009
L'ASSAUT DU BOIS DE LA FOLIE (8)
L'ASSAUT DU BOIS DE LA FOLIE.
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Le vacarme de la fusillade est terrible et nous enveloppe d'un crépitement strident; des milliers de balles passent au dessus du parapet. Derrière nous, nos batteries tonnent sans discontinuer
Les officiers, pâles, consultent la carte d'Etat Major, et certains d'entre eux s'assurent si leur revolver est chargé. Nous sommes prêts! Les hommes se rangent en silence; la jugulaire au menton donne un air farouche! Les yeux brillent, les faces sont crispées! Chacun sait qu'il va apporter son corps tout entier, tout nu, aux fusils ennemis, braqués d'avance. Tous se demandent si c'est leur dernier jour, et dans une pensée rapide, en un moment de silence, envoient un adieu au pays natal, à la famille qu'ils ne reverront peut-être jamais!
L'attente s'allonge, s'éternise. De temps à autre, on tressaille un peu, et on courbe la tête, lorsqu'une balle, tirée d'en face, frôle le talus d'avant, qui nous protège, et vient s'enfoncer, avec un bruit mat, dans le talus d'arrière.
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EXTRAIT de mon Journal des Tranchées. - Un coup de clairon se fait entendre; les uns derrière les autres, nous montons sur le parapet, et en hurlant, nous fonçons devant nous. La fusillade c'épite de plus belle! les balles nous sifflent aux oreilles; les mitrailleuses allemandes sont en action. Des camarades s'abattent, frappés à mort. Le Sergent M......., de la 1ère section, tombe le ventre ouvert par un éclat. – Le talus est couvert de centaines d'hommes, qui avancent sur un front de près d'un kilomètre.
Nous traversons nos réseaux de fils de fer; le tir de l'ennemi devient plus précis; plusieurs camarades tombent… On court un peu plus vite, les coudes serrés au corps. La baïonnette brille, et a soif de sang…
Soudain, devant nous, de sombres flammes, et des détonations. En ligne, à gauche, à droite des fusants montent dans le ciel; des explosifs sortent de terre; il en éclate un peu partout!! C'est un effroyable rideau qui nous sépare de l'ennemi. Nous nous arrêtons, stupéfaits, effrayés, mais un effort nous rejette en avant. Tête baissée, nous pénétrons dans la fournaise. On ne se voit plus dans la fumée. – On voit, au milieu de tempêtes de terre montant au ciel, avec fracas, sous la force de la poudre, s'ouvrir des cratères, les uns à côté des autres… et puis, il tombe tant d'obus, que l'on ne sait plus où tombent les rafales… On se croirait dans les nuages, quand il fait un orage épouvantable, et que le feu du ciel est déchaîné! On voit ,on sent passer près de sa tête, des éclats d'acier. Par moments, le souffle d'une explosion jette des hommes par terre; les uns se relèvent, avec plus de peur que de mal; les autres restent immobiles, couchés pour l'éternité!
Je sens un choc violent dans le dos; je tombe à la renverse: c'est un éclat, qui, frôlant ma joue, a pénétré dans mon sac, en même temps qu'une balle perforait ma gamelle!!
Devant moi, Julien B.......... court comme un fou, en hurlant: une balle lui arrive , droit au cœur. Il s'arrête, tourne sur lui-même, et s'abat sur un cadavre ennemi. T.......... Alain, deux balles dans la tête, s'abat à ma droite, et roule sur le dos, la bouche ouverte, crachant du sang.
Dans cette fournaise, je sens la folie qui me gagne. Je fonce dans l'enfer sous la pluie des éclats, au milieu des gouffres qui se creusent; les morceaux de fonte sifflent avec un tel miaulement sinistre, que se bruit me fait mal!
Nous bondissons droit devant nous, nous trébuchons sur les cadavres, et, devant nous, toujours, l'avalanche fulgurante du barrage de fer et de feu.
Nous bondissons dans ce tourbillon de flammes comme des démons! Au passage, je vois des camarades tournoyer sur place et s'abattre… d'autres , soulevés dans la fumée et tombés à quelques mètres… B........... tombe en poussant un cri. Il tente de se relever, mais il a une jambe fracassée. V...... Edouard porte sa main à sa poitrine, et s'abat en criant: il a reçu une balle en pleine poitrine, et déjà, il râle! Encore un Bourguignon qui ne reverra plus jamais Dijon, son pays natal !!
Nous courons plus vite à présent, sans penser à ceux que les balles ennemies couchent sur le champ de bataille! Il y en a qui tombent d'une seule pièce, le visage tourné vers le ciel…
Nous franchissons le réseau ennemi. Nous avançons d'un dernier bon, et sautons dans la tranchée allemande, au milieu des boches épouvantés, qui jettent leurs fusils à terre, lèvent les bras vers le ciel; et hurlent des " Kam'rades " avec furie.
En voyant arriver cette vague d'assaut bleu horizon, hurlant à la mort, vague de démons couvert de boue, jetant des cris, ivres de sang, l'ennemi prends peur, et jette les armes… Les uns se rendent, mais les autres se sauvent vers leurs deuxième ligne. Nous leur tirons dans le dos; quelques-uns tombent. Un officier ennemi, superbe de morgue et d'arrogance, arrive et crie "kamarade", comme ses soldats. Victor B......... le prend par l'épaule, et joyeux, lui montre les boches qui arrivent en courant les bras en l'air. Il lui dit:
" Mon vieux, si ça continue d'avancer comme ça, dans huit jours, on est à Berlin! "
Une balle ennemie lui traverse la poitrine! Il tombe sur les genoux, montre le poing à l'officier boche, et s'abat raide mort…
Les troupes de renfort qui sont derrière nous, en voyant arriver les groupes de boches, tirent dessus. Plusieurs allemand tombent, mais quelques-uns de nos camarades sont frappés par les balles françaises!! Le Sergent C...... se dresse sur la tranchée et crie " Cessez le feu! "
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13 mai 2009
DERNIERE PREPARATION (7)
DERNIERE PREPARATION.
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Les meilleurs, quand on leur annonce l'attaque, sentent un frisson leur passer au cœur! Depuis que nous sommes aux tranchées, nous avons fait notre Adieu à la vie! Et pourtant, à cette minute solennelle, il n'en n'est pas un qui n'éprouve le sentiment du condamné à mort! On voit des visages se creuser, des joues pâlir… On voit des mains, nerveusement pressées, qui s'abandonnent à des tics… et, ce qu'il y a de plus navrant, c'est le sourire que beaucoup ont sur les lèvres!! On veut faire bonne contenance! On sourit, l'angoisse dans l'âme… On sourit douloureusement, en pensant à ceux de là-bas!
On sourit, pour faire croire aux camarades que l'on n'a pas peur… tandis que l'on a froid jusqu'au moelles!! Cette mauvaise fièvre ne dure pas plus de cinq minutes…
L'artillerie de chez nous tire, de plus en plus rapidement. Nous filons, le plus vite possible, trébuchant de temps en temps sur des cadavres! J'en regarde un, dont la face crispée semble crier son agonie! Je me penche, et regarde l'écusson: " 407 " C'est un des nôtres! Un frisson me glace le corps. Ce pauvre diable est du 1er bataillon. Il n'y a plus que sa tête et ses épaules de visible car , à force de piétiner dans ce boyau, la terre s'écroule et l'ensevelit peu à peu. On n'a pas le temps d'enterrer les morts!!
Là-bas, en première ligne, il paraît que des hommes de chez nous agonisent entre les lignes, depuis 48 heures. C'est la guerre……
Nous avançons, depuis un moment, sous un violent tir de barrage. Dans le lointain, un drachen allemand prend le boyau d'enfilade, le comblant à certain endroits; aussi faut-il monter par dessus. C'est par groupes de trois que nous passons ces monticules de terre éboulée; l'ennemi nous voit, et les percutants, avec des sifflements sinistres, nous font baisser la tête. De temps en temps, il y a un arrêt; on entend crier en avant et en arrière:
" Faites passer les brancardiers, il y a des blessés! "
" Arrêtez, il y a un encombre ment en tête. "
"Avancez! Vite! On va s' faire tuer! "
Le tir de l'ennemi redouble; on se baisse dans le boyau, le sac sur le dos. Les éclatements deviennent de plus en plus violent. – Là haut, dans le ciel bleu des avions glissent, dans un léger vrombissement; leurs ailes ont des teintes jaune d'or et gris argent.
Nous sommes enveloppés de fumée noire et jaune. Les premiers coups allemand portent mal, mais le tir se règle. Nous sentons la mort tourbillonner autour de nous! Nous sommes pâles, et plus d'un à genoux dans la boue, fait sa prière, et recommande son âme à Dieu! –
Le bruit devient infernal, l'air irrespirable, l'atmosphère alourdie par les gaz. Un éclatement n'a pas fini de résonner que, déjà brille la lueur de l'obus suivant. Nous avançons; au tournant d'un boyau, un agonisant, dans le délire, étire ses entrailles, qu'un éclat d'obus à fait sortir de son ventre!
Je regarde ma montre: il est onze heures et il paraît que l'assaut n'est qu'a une heure 40. Encore plus de trois heures de souffrance avant le coup final! Ah! ces heures atroces, accroupis sur le sol, à attendre! Notre pensée s'envole bien loin, là-bas, vers les Parents aimés! Le reverrai-je, mon joli petit pays de Bourgogne? ma maison qui m'a vu naître, et qui, peut-être, ne me verra pas mourir??
L'air devient un peu plus respirable; le tir de l'ennemi s'est un peu ralentit… Les blessés sont évacués, et on couvre les morts de toile de tente! Combien sont tombés ce matin, tués dans ce boyau, sans même avoir vu un coin de champs de bataille? Morts sans avoir vu le visage de l'ennemi!
Devant nos lignes, de formidables détonations se font entendre… Ce sont des mines qui explosent. Notre artillerie redouble d'effort! Les crapouillots tirent sans arrêt. La préparation de la dernière heure est un pilonnage des lignes ennemies.
Sur notre gauche, la fusillade crépite. Nous apprenons par les blessés que Souchez est pris par nos troupes depuis le 25, et depuis ce moment, l'ennemi contre-attaque sans arrêt, sans pouvoir reprendre les ruines de ce village. Ce matin, le 1er bataillon du 407 a réussi à pénétrer, sur certain points, dans la tranchée ennemie. 30% de pertes, pour une avance de quinze mètres!!
Nous arrivons à notre ancienne première ligne, et restons deux heures à genoux, collés les uns aux autres, sac au dos, pour parer les éclats d'obus qui tombent comme la grêle.
Le Commandant ZELLTNER, notre chef de bataillon, est grièvement blessé; Notre Commandant de Compagnie, Capitaine MOREAU, prends le commandement du Bataillon, et le Lieutenant CESSEY, celui de notre Compagnie ( 9ème ).
On nous fait passer l'ordre suivant:
" Au coup de clairon, en avant, le plus vite possible! Traverser la sape, et, au commandement du Sous-Lieutenant CESSEY, monter sur le parapet, et courir vers la première ligne ennemie, en conservant ses intervalles ."
Cette fois, ça y est! Nous allons avoir l'honneur de charger à la baïonnette!
Sous le bombardement que nous subissons, les pertes commencent à êtres lourdes dans certaines Compagnies! Notre Caporal G......... vient de s'abattre, la mâchoire fracassée par un éclat d'obus. C'est le premier qui tombe! Nous nous serrons la main, quand un ordre bref se fait entendre, dominant le tumulte du canon:
" 9ème Compagnie, baïonnette au canon! "
Le cœur serré, nous regardons notre montre: il est 1 heure 35!!
05 mai 2009
Marcel ARVISENET (6)
EN ATTENDANT L’ATTAQUE.
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2 Septembre. Une heure du matin : Une grenade vient de tomber dans la sape, au milieu des pionniers et des sentinelles. Elle éclate avant que personne ait pu bouger ! les 3/4 des hommes présents sont touchés ! G……. est grièvement blessé – B……. tombe, mortellement frappé, un éclat lui a tranché la gorge. Deux pionniers reçoivent des éclats dans le dos, B………., V………. et B……….. sont blessés cinq minutes après, par une nouvelle grenade, dans la sape de gauche.
3 SEPTEMBRE. L’ennemi devient agaçant ! Il nous a sonné tout à l’heure !! Plus de cent torpilles ont bouleversé notre tranchée de fond en comble. Est-ce un tir de réglage ? Notre artillerie se met de la partie et pendant une heure, nos petits 75 passent en miaulant au ras de la tranchée, pour aller bouleverser les positions ennemies. Nos crapouillots entrent dans la danse et défoncent les abris boches, à grand fracas. On entend hurler devant nous : dans une explosion qui soulève une gerbe de terre et des débris de sacs, on voit un Boche projeté sur les réseaux, ou il reste accroché par le ceinturon. Il a le visage tout noir. Par moment. Des lambeaux de capote viennent retomber dans notre sape. C’est terrible !!
15 Septembre. Après cinq jours de repos, dans les environs de Haute-Avesnes – Ecoivre, nous reprenons le même secteur. Cette nuit, je perds un de mes meilleurs camarades du régiment : R…… G….., de la 6ème escouade, dormait en montant la garde, exténué de fatigue ; il avait la tête appuyée contre des sacs de terre. Une balle traverse un sac, et lui entre dans la tête ; il tombe dans la tranchée, sans une plainte. On l’emporte au poste de secours, ou il meurt cinq heures plus tard, sans avoir repris connaissance.
16 Septembre. Le secteur devient de plus en plus dangereux ! Tous les jours, le feu de l’artillerie augmente d’intensité ! Est-ce l’attaque en préparation qui va se déclencher ? Cette nuit, B……, de la 3ème section, est tué d’une balle dans la tête.
17 Septembre. Une violente fusillade se déclenche pendant la nuit ; une mitrailleuse ennemie crépite. Toute la section est au créneau ; la fusillade débute par un violent tir à volonté. Nous lançons des grenades. Des fusées, vertes et rouges, lancées par l’ennemi, illuminent la tranchée de lueurs verdâtres et rougeâtres. C’est un aspect d’enfer !! Les boches déclenchent un tir de barrage. Une fusée à six étoiles rouges part de notre poste de commandement : on demande le barrage. Que se passe t il donc devant nous ? L’action se déroule de Souchez à Arras. Une grenade ennemie tombe au milieu de la 7ème escouade : le Caporal V……… est grièvement blessé ; il a un pied arraché ! B…… Amédée, de Fontaine-Française, mon compatriote, est blessé grièvement à une jambe. Des explosions sourdes sont entendues dans la sape souterraine ; un obus a enfoncé la voûte et l’ennemi lance des grenades à l’intérieur. Les pionniers sortent affolés.
18 Septembre. Nous évacuons la tranchée de première ligne ( parallèles de départ)
Le bombardement commence. Préparation et attaque, sur tout le front d’Artois. Cela doit durer cinq jours ; nous avons le temps de devenir fous !
De cinq heures du matin à sept heures du soir, le bombardement fait rage ! La nuit tombée, le Caporal B…….. part en patrouille avec le Sergent S……... Ils rampent jusqu'à la tranchée ennemie, et sautent dedans, le revolver au poing ! Les premières lignes boches sont dans un état pitoyable. Leurs guetteurs se sont repliés en deuxième lignes, car nos deux patrouilleurs ne trouvent personne ! Après un bon moment d’observation, et entendant revenir les Allemands, nos braves rentrent dans notre tranchée.
19 Septembre. B……. reçoit une balle en pleine poitrine, au moment où le bombardement allait recommencer. Tout à l’heure, C…….., en allant relever V………, qui était de garde dans les parallèles, l’a trouvé étendu dans une mare de sang ! Il avait été tué sur le coup par un éclat de torpille française ! M…. V……… est étendu à nos pieds ; on le croyait mort, mais non : Il respire encore ! Le tube de torpille qui l’a frappé à mort est entré par le dessus de la tête, et lui a fait éclaté la boîte crânienne. Il y a du sang contre la parois de la tranchée, et sur les caillebotis… Il agonise… Dans sa petite barbe fauve, le sang coule en minces filets pourpres… Son grand front est plus pâle ; son visage est changé ! On ne dirait pas le même homme que celui qui m’a dit bonjour, il y a quelques heures… Et pourtant c’est bien lui ! Comme l’approche de la mort le saisit vite…
Sa barbe est noire, à présent, de sang coagulé. Il trésaille ; ses lèvres s’entrouvrent comme pour dire quelque chose. Ses yeux deviennent vitreux. Un long soupir s’exhale de sa bouche pâlie ! V……. est mort !!
Derrière moi, j’entends sangloter. Je me retourne… C’est le Capitaine M………, notre commandant de compagnie, qui pleure son soldat. Car Il les aime, ses petits soldats !! " Oh, dit-il, mes pauvres petits gars ! Ils me les tueront tous "…
Pendant que l’on couvre le corps de V……… d’une toile de tente, C…….. monte sur la banquette de tir où vient d’être tué son camarade. Et attends son tour !!







