Guerre 1914 / 1918 - Le 407° R.I.

Histoire et parcours du 407° Régiment d'Infanterie de sa création en Avril 1915 à sa dissolution en mars 1919

20 décembre 2009

SOUS LES TORPILLES (17)

SOUS LES TORPILLES.

----------------------------

Le ciel est sombre; il y a de la brume depuis le matin. Gelés nous nous serons les uns contre les autres! La nuit nous a parue longue! Nous sommes à moitié enfouis dans un trou d'obus, avec de la boue jusqu'aux genoux.

Nous avons reçu quelques obus ce matin, mais sans anicroche; aussi n'avons-nous pas bougé de notre trou d'obus. Devant nous, les pentes de Givenchy, abruptes, et couvertes de tranchées et de boyaux; en avant, le village de Liévin, avec ses maisons en briques; plus loin, on aperçoit Lens. Ce sont des lignes ennemies

Dans notre espèce de tranchée, se trouvent VUILLEMENOT, avec son petit bouc roux, VALLAT, ROBIN, GUIGNARD, RIQUET, VARENNES, LEVEEL et JOSTEINS. Nous fumons notre éternelle pipe, pleine de boue jaunâtre Les mains sont crasseuses; les barbes hirsutes; les visages plein de terre. Nos vêtements, enduits de boue, sont lourds à porter. La couleur bleu-pâle disparaît sous la couche de terre. Nous sommes affreux!!

A partir de midi, quelques obus passent en ronflant sur nos têtes pour aller s'abattre, avec fracas, sur les carrières ou se trouve le poste de commandement du Commandant du Secteur.

Soudain, un Minen part des lignes allemandes, et vient éclater à une dizaine de mètres de nous… Frayeur… mais à quoi bon s'effrayer? Ce n'est peut-être pas notre poste qui est visé!

" Torpille à droite "            " Torpille à gauche "

VALLAT et ROBIN viennent d'entendre les départs; deux minens montent dans le ciel brumeux; l'un vient de droite, l'autre de gauche; mais ils se croisent  au dessus de nous… diable… Seconde d'angoisse!! Je crois qu'il y en a  un qui a envie de descendre sur nous… Mais non, ils vont éclater vers la tranchée Becque.

Pendant une heure, c'est un tir de réglage qui se pose un peu là! Nous suivons des yeux chaque torpilles qui part des tranchées ennemies:

" Attention! Elle est pour nous "

            seconde de peur… mais non! Elle hésite sur nos têtes, à 150 mètres de hauteur, si elle va tomber sur nous, ou aller un peu plus loin. Nous nous aplatissons dans la boue: elle éclate à vingt mètres, en avant de notre tranchée!

" Encore une! "

une deuxième se dirige sur nous… Elle pique du nez, et descend avec une rapidité vertigineuse! Je crie comme un fou " couchez-vous " – A peine à terre, elle s'enfonce dans la boue,  à cinq mètres derrière nous… Un choc… de l'eau gicle… un tremblement de terre, et le sol s'entrouvre à côté de nous… Un éclatement épouvantable!!  Des monceaux de terre sont projetés en l'air par l'explosion des 85 kilos de cheddite, à cinq mètres de nous… Claquant des dents, nous recevons des seaux de boue sur le dos! ROBIN, protestant fervent, chante un psaume!

             Une troisième torpille éclate à droite, et une quatrième, à gauche. Nous sommes couverts de terre à chaque éclatement! – Nous sommes repérés! Il va falloir quitter notre coin, car cela devient grave! Je préviens mes hommes de se tenir prêts à filer… Sous leur masque de boue, ils sont blêmes! Dans cet enfer de boue, la mort fait plus peur encore qu'à Vimy!

            Ceux qui n'ont jamais été sous un bombardement de torpilles! Ceux qui n'ont jamais vu tomber ces formidables engins à côté de leur tranchées! Ceux-là n'ont rien vu!!

            Moment de silence… Un coup sourd part de la tranchée ennemie. Je regarde vivement, car c'est le minenwerfer qui nous tire dessus…

            Je vois la torpille monter lentement; elle arrive au dessus de nous; sa trajectoire est finie! Elle semble s'arrêter… elle… pique du nez… ça y est!!! " Sauve qui peut! "

            Ce cri, je l'ai hurlé comme un homme qui ne veut pas mourir! Je m'arrache de la boue, je saute sur la tranchée, et je cours vers le poste de droite avec mes hommes. Je tombe dans un trou de boue… seul, RIQUET est resté au poste… je vois avec terreur, la torpille s'abattre, avec une force terrible, à l'endroit où nous étions tout à l'heure! Je pousse un cri d'horreur… Je vois mon pauvre RIQUET essayer de se sauver; il n'a pas le temps de bouger. Deux secondes d'angoisse… Soudain la terre tremble: Un volcan semble en surgir… Un monceau de blocs de terre gelée, de boue et de poutres monte vers le ciel… Une colonne de fumée noire, et une explosion épouvantable au milieu de ce volcan. Le corps de RIQUET est projeté en l'air, et retombe sur la terre fumante!

            Nous venons de l'échapper belle!! Je me sauve avec mes hommes à la troisième section, où nous sommes à l'abri des torpilles. De cet endroit, nous voyons un homme sortir du cratère de l'explosion couvert de boue, du sang sur le visage, il vient vers nous! C'est notre pauvre RIQUET! Il est un peu sourd, et s'en tire avec quelques égratignures sans importance. Il a de la veine!!

            Quand la nuit est venue, nous allons voir le trou de l'explosion. Il a douze mètres de diamètre; C'est terrible! Cinq mètres de profondeur! Nous ne retrouvons pas un fusil, pas une musette! Tout a été détruit!

            RIQUET doit la vie sauve à une poutre. Il était assis dessus; la poutre est déchiquetée. C'est à n'y rien comprendre…

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 14:01 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 novembre 2009

SOUCHEZ (16)

- SOUCHEZ –

----------------

SOUCHEZ, nom d'un village qui devrait s'écrire à l'encre rouge, pour rappeler le sang qui coula dans ses ruines. SOUCHEZ! Souvenir terrible! On peu décrire en très peu de lignes les souffrances endurées dans ce secteur, que les Poilus nommaient " le secteur de la boue! " – Je n'ai séjourné que huit jours dans ce secteur, par périodes de quarante-huit heures. Cela m'a suffi pour y voir la mort de bien près, à deux reprises: le 17 Janvier, et le 21 Février 1916. Je vais raconter, en quelques chapitres, notre vie dans ce secteur.

            Le 407ème R.I., après l'attaque de Septembre avait été au repos, pendant Novembre et Décembre, aux environs de Doullens, à Libessart, petit village de deux cent habitants.

            Arrivés à Petit-Servin et Grand-Servin le 22 Décembre, nous relevions le 109R.I. – Je ne parlerai pas de la relève et de ses aventures, qui, dans tous les secteurs, sont les mêmes!

            Pour monter en lignes, on partait du Grand-Servin à la tombée de la nuit, passant par la Forestière, Ablain-Saint-Nazaire. Ce village n'était plus que ruines; peu de maisons tenaient encore debout! Dans le fond, la montagne de Lorette, avec ses tranchées blanches.

            D'Ablain à Souchez, la route commençait à devenir dure, mais quand on apercevait les premiers troncs d'arbres déchiquetés, on se rendait compte de la lutte qui avait eu lieu; pas un mètre de terrain qui ne soit bouleversé! La sucrerie rasée! Les pierres réduites en une boue informe, avec des képis, des fusils brisés! Et des croix, à droite et à gauche de la piste des relèves! Civils, qui n'avez jamais vu ces villages détruits, avec leur aspect sinistre, vous ne savez pas ce que c'est que la guerre!!

            Le ruisseau " la Souchez " coulait lentement entre des rives défoncées par les obus, sous des caillebotis. Quel désert! Quelle tristesse! On se demandait, en arrivant dans Souchez: " Suis-je à Pompéi, ou à Herculanum? Y a t'il eu un tremblement de terre? – C'est ce qui reste de Souchez: un amas de débris, de pierrailles; des arbres déchiquetés; les talus de la route éventrés, des tranchées; des trous d'obus et des fondrières. Des sacs à terre déchirés, éventrés, des abris écroulés. Des fusils boueux, des casques rouillés et bosselés. Et, sur de petits monticules de terre boueuse… des croix de bois!Pas un pan de mur ne reste debout; la rue disparaît sous une couche de pierre et de poutres. Ici, sur le bord d'un trou d'obus, un cadavre. C'est un camarade du 405ème, tué dans la nuit.

             Dans le brouillard, des coups sourds: une batterie ennemie tire sur nos pièces. En avant de Givenchy, un crépitement ininterrompu: c'est une de nos mitrailleuse.

             Devant nous, le nord; au loin, les crêtes de Givenchy et de Vimy; à droite, les hauteurs du mont St Eloi, que je devine dans la nuit. Quel est cet amas de pierres dans le lointain? C'est Carency. Derrière nous, Ablain-St-Nazaire, et, à gauche, Notre Dame de Lorette.

            Des arbres dressent leur tronc brûlés par les flammes et les gaz, vers le ciel. Des trous énormes barrent la route; des cadavres dans le ruisseau; des réseaux de barbelés. Dans la vallée, un lac de boue, brillant sous la clarté de la lune, qui vient de percer le brouillard. Combien y en a t'il de lacs, ainsi? Ce sont d'énormes trous de marmites, rempli de boue et d'eau. Malheur à l'imprudent qui tombe dans un de ses trous! S'il est seul, le pauvre diable meurt, enlisé, sans espoir de secours!

            Pour faire une relève, on suit une piste qui serpente à travers les trous d'obus, piste des plus pénible, et violemment bombardée par l'ennemi.

            Je me vois encore faire cette relève; tous chaussés de grandes bottes huilées, une peau de mouton sur le dos; un passe-montagne, de grosses mitaines aux main; un bâton, pour tâter le chemin, la carabine en bandoulière, cheminant entre les trous! Une pluie battante tombe depuis notre passage à Souchez, nous pataugeons dans une boue infecte.

            Enfin, à trois heures du matin, nous arrivons en première ligne. Une silhouette épaisse, paquet de boue, sort d'un trou, et se met à parler. C'est un Poilu du 109ème! pauvre  diable! Et dire que demain nous serons pareil! Il grelotte dans la nuit noire, en nous passant la consigne:

" Allez, descendez! Car les boches sont mauvais! Ils sont à cinquante mètres d'ici! "

Résigné, je saute dans ce trou infect! J'ai de la boue aux genoux, et dix centimètres d'eau par dessus le marché! Et avec cela, fin Décembre, il ne fait pas bon coucher dans l'eau. Mais c'est la guerre… et l'on s'en fiche!!

            Une heure après, nous sommes installés. Accroupis dans notre boue, ruisselant d'eau, nous claquons des dents, traversés jusqu'aux os. A côté de moi, mon vieux Riquet sanglote. Pauvre vieux, va!

            Le jour paraît. Ah, quel triste paysage! A quelques mètres de nous, le cadavre d'un boche; à quarante mètres en avant, la tranchée ennemie. Nous autres n'avons plus de tranchées! Ce ne sont plus que des trous d'obus qui se touchent. Aussi, pour aller d'un trou à l autre, il faut ramper dans la boue qui nous recouvre des pieds à la tête.

Un jour après! – Nous claquons des dents; à minuit, la corvée de soupe arrive. Il n'y a que l'eau de vie qui est reçue avec plaisir, mais la viande et le pain sont dédaignés; les pommes de terre à l'huile sont infectes, et glacent le corps!

            Ce ne sont que des vieux briscards qui sont à mon escouade! Tous de la classe 1904 .RIQUET, GUIGNARD,  DESROCHES, ROBIN, VALLAT, LEVEL, JOSTEINS, etc. …J'en avais douze; tous devaient y rester! Moi seul devait échapper de Souchez!! Mes pauvres camarades y sont tombés: tués, blessés, où disparus. Je reverrai toujours la mort de DESROCHES atteint de deux balles en pleine poitrine, râlant sur le terrain, dans la neige, et hurlant des insultes aux régiments ennemis qui nous chargeaient!! 

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 21:15 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 octobre 2009

LA RELEVE (15)

LA RELEVE.

---------------

Qu'est ce que la relève? D'après un journal du front, je ne me souviens plus du titre, en voici la définition vraiment exacte:

" La relève, c'est un mot magique! Savoir quand on sera relevé est la suprême curiosité! Etre relevé est le suprême soulagement! L'heure de la relève est, pour ceux qui quittent la tranchée, le terme de longues fatigues, parfois de longues souffrances, souvent de longs danger! Quel que soit leur courage, leur esprit de sacrifice, les " bonhommes " qui, après tout, sont des hommes, saluant avec joie, ceux qui les viennent remplacer! Ils leur sont reconnaissant de leur exactitude, les maudissent  s'ils sont en retard! L'opération d'une relève s'entoure d'un véritable cérémonial! Lorsque une compagnie vient occuper, pour la première fois, un secteur, elle set précédée d'agent de liaison, chargés de reconnaître les boyaux, et l'emplacement des sections. Les deux Capitaines, le partant et l'arrivant, se présentent l'un à l'autre! Le partant passe les consignes à l'arrivant; il lui tend un reçu de tout le matériel qu'il lui transmet. Le nouveau venu signe l'inventaire les yeux fermés.

            Dans les sections, les mêmes formalités s'accomplissent: Les quatre chefs de section qui arrivent reçoivent des quatre anciens chefs qui partent quatre inventaires de matériel.  Les hommes placés sur les banquettes, cèdent leur place de bonne grâce, et les  arrivants posent à voix basse aux partants des questions rapides… " Est-ce bien marmité ici? "  Pour un même secteur, une même troupe, une même tranchée, un même emplacement de tir, la réponse diffère, suivant le tempérament de l'interrogé, son temps de service au front, le climat où il est né! La réponse est aussi hâtive que la question: " Non, ça va, ils nous ont laissés tranquilles! " ou bien " Ah mon vieux! Qu'est ce qu'ils nous ont balancé! "

            Alors saisie d'une inquiétude aussi vague que le renseignement obtenu, la relève entre en possession de l'héritage de fatigues et de danger qui lui est légué!

            Pourquoi dit-on, qu'elle que soit la nature du terrain, qu'on monte aux tranchées, et qu'on en descend, C'est peut-être parce qu'on monte au danger? Ou qu'on descend dans le calme!!

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le 6 Octobre venait de se passer sous de violents tirs de barrage. La nuit descendait lentement; assis dans la tranchée, couverts de boue, pas lavés depuis quinze jours, nous attendions que le mot de " Relève " résonne dans la tranchée.

            Soudain, Adrien DIDIER, l'agent de liaison de la section, débouche en courant du boyau NICHT, et nous dit en passant:

" Vous savez, on est relevés! "

" Vrai? Par qui? "

"Ah, vous savez, c'est un tuyau… mais ordre de se tenir prêts! "

            Sur ces mots, DIDIER disparaît derrière un pare-éclat. Il allait porter un pli au Capitaine MOREAU. Le sergent SCARONI donnait bientôt de ordres:

" Equipez-vous, en silence! "

            Une heure après, dans la nuit, des ombres se glissaient sans bruit, et descendaient vers nous. Courbés sous le sac, les hommes de la relève arrivaient:

" Les copains, on vous remplace! "

            De suite, sans un mot, sans un ordre, nous retirons nos fusils des créneaux; et nos remplaçants debout sur la banquette de tir, nous finissons de nous équiper. Bientôt, alignés les uns derrière les autres, nous prenons la direction de l'arrière, après un adieu bref au régiment qui vient de nous succéder, sur se sol arrosé de notre sang, dans cette tranchée conquise par notre régiment, et où nous avons laissés tant des nôtres!!

            La nuit est très obscure, mais cela n'empêche pas d'avancer très vite, ce qui produit des à coups  dans la colonne. Nous avions hâte, ce jour là de quitter cette côte 119, ce Bois de la Folie, pour retourner dans des pays habités, où il ne pleut pas des marmites!!

            Chacun se taisait, avançant le plus vite possible, piétinant, sans les voir, les cadavres que le dernier bombardement avait semés dans les boyaux; dégageant, d'un violent coup de tête, les branches ou les fils qui faisaient obstacle, et faisant éclabousser la boue.

            Au détour d'un boyau, GIQUEL André, 1ère  Section, s'arrêta un instant pour rattacher ses bandes molletières. Un obus arriva en ronflant, éclata sur le parapet, et lui broya la tête! Pauvre GIQUEL, Toi si heureux d'être relevé…

            Rapidement, après cet incident, nous gagnons la route de Béthune, le boyau d'Ecoivres. Une fois au village de la Targette, nous ralentissons notre marche, car il y a moins de danger. – Ah, qu'il fait bon respirer l'air pur, après quinze jours d'enfer!!

            Sur le bord de la route, gisent quelques cadavres noircis, tordus et raidis, datant des premiers jours de l'attaque… Nous n'osons pas les regarder, de peur de reconnaître des camarades du Régiment.

            Nous arrivons à Bray, puis à Ecoivre; nous reprenons goût à la vie, et oubliant les camarades tués ou blessés, restés sur le champ de bataille, nous nous réjouissons en pensant à la bonne paille fraîche où nous allons dormir la nuit prochaine! En tête de colonne, quelques camarades se sont mis à chanter.

            Le jour se lève. A l'horizon le soleil monte, et dans la plaine d'Artois, on entend chanter l'alouette qui a l'air de saluer, de son chant matinal, les Poilus du 407, qui ont battu la Garde Prussienne!!

            Les premiers rayons du soleil viennent nous caresser, et vont sécher nos uniformes de boue…

            Décidément la vie a du bon!!!

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 09:55 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 septembre 2009

DERNIERS EFFORTS (14)

DERNIERS EFFORTS.

--------------------------

La nuit est venue. Les hommes se rapprochent, marchent entre les abris, bloqués par des morts. On se groupe et on s'accroupit. Quelques-uns ont posés leur fusil à terre; nous sommes noircis, brûlés, les yeux rouges; et balafrés de boue! On ne parle presque pas, mais on cherche ceux qui sont encore vivants…

Dans la plaine, les brancardiers cherchent, s'inclinent, s'avancent deux à deux. A droite, on entends des coups de pioches et de pelles.

De la tranchée, nous voyons, vers l'est, une lueur se propager, plus bleue, plus triste qu'un incendie: c'est le matin qui vient…

La plaine est un épouvantable charnier; les cadavres y foisonnent! Des hommes vont et viennent, identifiant les morts de la veille; retournant les restes, et cherchant des camarades!!

Plus loin, on retrouve des cadavres qui ne sont pas de la veille, et pourtant, ce sont des français! Ce sont des Zouaves de l'attaque de Mai. Nos premières lignes se trouvaient alors au bois de Berthonval, à sept kilomètres du point où nous nous trouvons actuellement. Dans cet assaut formidable de Mai, les vagues d'assaut étaient parvenues jusqu'à ce point. Trop avancées sur le front d'attaque, elles ont été prises de flanc par les mitrailleuses, qui les ont fauchées, leur trouant le dos, les hachant!!  A côté de têtes noires comme des momies, remplies de larves, où la blancheur des dents pointe dans les creux; à côté de pauvres moignons, on découvre des crânes nettoyés, jaunis, coiffés de chéchias en drap rouge; des fémurs sortent de loques infectes… Des côtes parsèment le sol, et auprès de ces débris humains, des quarts et des gamelles, transpercés et aplatis…

Parfois, des renflements  allongés, car ces morts sans sépulture finissent par entrer dans le sol! Un bout d'étoffe, ou un soulier, sort, indiquant qu'un soldat est anéanti là!!!

Il y a même  des cadavres ennemi en putréfaction; avec leur calottes grises, leurs vestes verdâtres, et leur figures desséchées, dont l'intérieur est une fourmilière… Des vers sortent des trous , où étaient leurs yeux… A côté d'un trou d'obus, une main crispée, jaunâtre, sort de terre…

Le talus ou nous sommes s'appelle la tranchée des Zouaves. – La terre est tellement pleine de débris de toute sorte: troncs d'arbres, obus, cadavres, etc.. que les éboulements découvrent des hérissements de squelettes, de pieds et de crânes!!

Le fond du ravin est tapissé de débris d'armes, de linge et d'ustensiles! On foule des éclats d'obus, des ferrailles, des casques troués par des balles…  Dans le boyau Nicht, deux cadavres allemands sont étendus : un sous-officier, sur la banquette, le ventre ouvert; à côté de lui, un autre allemand, le crâne fracassé…

Des sifflements déchirent l'atmosphère! Une rafale de fusants éclate sur nous: c'est le tir de barrage qui recommence!  Un ronflement rauque nous tombe dessus; on se jette à terre, pas assez vite: le schrapnel éclate, assourdissant! Un soldat tombe, les bras en avant. Un autre s'abat comme une masse! Deux autres se sauvent en hurlant, pour aller tomber grièvement blessés, cent mètres plus loin…

------------------------------------------------------------------------------------------

Le mont St Eloi dresse ses tours fracassées. Pauvre église!! Il n'en reste plus rien… C'est le point de repère de l'artillerie lourde ennemie! Le village est à moitié en ruine… C'est là que nous défilerons demain, si nous sommes relevés! Mais cette relève n'est pas encore faite!! DIDIER, agent de liaison, arrive, et nous dit: " On n'est pas relevés! tant que le 407 n'aura pas pris le Bois de la Folie! C'est le Général FOCH qui là dit! "

Ce n'est donc pas la peine de penser au repos! Après tant de souffrances, il va falloir remettre ça!  C'est malheureux tout d'même!!

Nous touchons des cartouches et des grenades. C'est pour de bon… L'artillerie commence son tir: un bombardement pépère!! Qu'est-ce que les boches vont encore prendre sur le nez! Le 2ème régiment de la Garde Prussienne prend la piquette…

Le Capitaine MOREAU arrive, ajuste son lorgnon, et, en se grattant la barbe, nous crie: " Mes p'tits gars, c'est l'heure! Attention! "

Le Sergent SCARONI, lui parle. Sa figure violacée se crispe. Il prends un air grave pour hurler: " 9ème Cie… Baïonnette… on… "

Il monte sur la banquette, et au moment où l'artillerie allonge le tir, donne la main au Capitaine MOREAU, qui saute sur le parapet, en hurlant l'ordre d'assaut: " En avant, les gars! "

Nous partons en hurlant… Je ne veux pas décrire ce dernier assaut, car il y en aurait trop!! 

En trente bonds, nous sautons dans la tranchée ennemie. Une lutte terrible de corps à corps s'y livre pendant une demi-heure… L'ennemi se sauve. Un petit sous-lieutenant nous arrête, au moment où nous allions repartir en avant: " Retournez la tranchée " crie l'officier. Une balle lui fracasse la cervelle, et le renverse sur le parapet… Nous sommes consternés, et furieux de voir tomber notre chef! L'ennemi, à ce moment, arrive par un boyau, et commence à nous tirer dessus… Plusieurs camarades tombent… Un sergent se dresse pour crier un ordre: une balle lui rentre son cri dans la gorge… Le Caporal MARLY jette des grenades; il s'abat, tué raide, sur son sergent…

Nos chefs sont frappés l'un après l'autre! Il n'y a plus de commandement. Piétinant des cadavres, tirant au hasard, la tête découverte, nous repoussons la contre-attaque, avec des pertes cruelles pour nous!

Dans la tranchée, aux cris des hommes tirant sur l'ennemi, se mêlent maintenant les gémissements des blessés! Un petit soldat du 74ème, la poitrine traversée, veut mourir en regardant l'ennemi. De sa main crispée, il bouche le trou par où son sang coule. Mais bientôt, épuisé, il roule au fond de la tranchée, dans la boue sanglante… Pierre MARTIN, tu est mort face à l'ennemi… Tes camarades se souviendront de ta fin!

Autour d'un trou d'obus, dans la boue rougie, crient encore quelques blessés qui agonisent en poussant des hoquets rauques, couchés sur des morts ennemis.

Aujourd'hui encore, je me demande comment je n'ai pas été tué! La crosse de mon Mauser fracassée d'une balle; mon bidon traversé; mon casque fendu!! Et dire que je suis sorti de cette mauvaise passe sans une seule égratignure!!

A la tombée de la nuit, jugeant notre position intenable, le Colonel ALLAIN nous donnais l'ordre de nous replier. Notre assaut n'avait servi qu'a faire tuer cinquante de nos camarades, et nous nous replions avec autant de blessés…

Posté par 407ri à 15:23 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 août 2009

REVERIES DANS LA NUIT (13)

REVERIES DANS LA NUIT.

--------------------------------

Nous avons attaqué dans la soirée, mais l'attaque n'a pas réussi! La zone morte, cette partie du champ de bataille que les anglais nomment le " NO Mans Land " est jonchée de cadavres de chez nous. Les cadavres, taches bleu pâles sous la lune, sont étendus les bras en croix, et dans des positions diverses.

Les fusées montent, entraînées aussitôt par le vent. Les rats courent sur les parapets, à la recherche d'un cadavre.

Il est une heure du matin; je prends la garde aux créneaux. Il fait froid. Je frissonne sous ma capote en lambeaux. Je marche un peu, pour éviter l'engourdissement. La mélancolie s'empare de mon âme; je deviens triste, et la peur me prend. Peur morale, faite de lassitude et de lâcheté.

Je me sens triste, très triste! Le vent m'apporte l'écho d'un roulement de voitures. Ce sont sans doute des batteries allemandes qui arrivent dans le Bois de la Folie.

Oh! nuit lugubre! Pourquoi lutter? A quoi bon vivre, et ne mourir que demain, Tuer, et ne pas pouvoir mourir! Pourquoi souffrir plus longtemps?

Oh! Soirées de septembre, si belles, et pourtant si tristes! Combien les nuits nous semblaient longues, et comme le découragement s'emparait vite de nous. Rien à manger, rien à boire… Et il fallait tenir , sous une pluie torrentielle, sans abri, et sous une grêle de mitraille, voyant chaque jour, tomber un camarade de combat…

Combien de fois avons-nous pleuré en silence, dans la tempête du canon, ou entendant siffler les rafales d'acier qui tombaient autour de nous, fauchant jeunes ou vieux, sans souci de l'âge ni du grade…

Je te revois encore, pauvre petit COURBERON, sanglotant, le ventre vide et les pieds gelés, dans une boue noire et infecte, appelant ta Mère… Et toi, ROCH, les deux jambes fracassées, étendu  dans un trou d'obus, sous la pluie, agonisant pendant trois jours et trois nuits!!!

Je te revois encore, - après trois ans -  quand on te descendait dans la tranchée, dire à ton brave Chef de Section, L'Aspirant TRIOLLET, mort au Champ d'Honneur depuis, " Mon Aspirant, ne dites jamais à ma mère combien j'ai souffert! Dites-lui que je suis mort d'une balle au cœur! "

Heureusement, la mort ne voulut pas de lui, et, sur sa poitrine, la médaille militaire vint récompenser son héroïsme et ses souffrances!!

----------------------------------------------------------------------------------------------

Je n'ai jamais vu que deux lâches dans ma compagnie. C'est dire le cas que je fais de mes camarades, de leur audace, de leur folle bravoure. Les meilleurs, quand on leur annonce l'attaque, sentent  un frisson leur glacer le cœur!!

Ah! que de tableaux on a sous les yeux,  horreur!!!   Si vous saviez, civils ignorants, embusqués de l'arrière, qui osez quelquefois parler de la guerre!!  Il faut avoir vu, comme nous, toute l'horreur de la guerre!! – Si vous saviez, les chemins faits à plat ventre dans l'obscurité, en passant sur des cadavres gluants de sang; sur des mourants qui jettent leur dernier cri de détresse, et demandent à boire, en appelant d'une voix déchirante " Maman, Maman! "  - On marche sur des agonisants qui prononcent d'un accent désespérés quelque nom de femme! – Si vous saviez dans quel état peuvent mettre la fatigue et la faim, poussées hors de la limite des forces humaines!! On a plus qu'une pensée: dormir, dormir jusqu'à la fin du monde! Et cependant, on tient, on se raidit, on tient quand même… Et c'est là le miracle…

Je me souviens qu'un jour, creusant une tranchée dans laquelle il fallait piocher à genoux, les jambes dans l'eau, à bout de fatigue, j'avais envie de pleurer comme un petit enfant!!!

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 16:57 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 juillet 2009

HEURES SOMBRES (12)

HEURES SOMBRES.

-------------------------

29 septembre.            Nous n'avons rien mangé aujourd'hui. C'est le commencement! La journée se passe à tirer sur les ennemis que l'on aperçoit. Deux sont abattus par un feu de salve.

            A notre droite, un bombardement violent; des obus de gros calibre passent sans arrêt, et vont éclater vers la route de Béthune.

30 Septembre.            Il pleut depuis quatre heures du soir. Il y a douze heures que je suis de garde dans ce coin de tranchée. Je sens mes jambes fléchir; nous n'avons rien dans le ventre depuis quarante huit heures! On a beau être brave!! – Je suis relevé de garde par TOLLER; il s'accoude au parapet, et se met à rêver à la lueur des fusées ennemies… Du côté de Souchez la fusillade crépite. Je me laisse tomber sur la banquette de tir, la tête appuyée contre un sac; je ferme les yeux, épuisé par la faim et par la fatigue… Pif, Paf… Un coup de fusil d'en face me réveille. J'ouvre les yeux… La balle a frappé TOLLER dans la bouche… Elle sort sous le menton, pénètre dans la poitrine, et ressort par le dos pour venir s'enfoncer dans la parapet au dessus de ma tête! Je vois la face de TOLLER se figer en un masque terrifiant! La tête se penche sur la poitrine, et après avoir chancelé, il s'abat dans la tranchée…TOLLER est mort, tué sur le coup…

Encore un a ajouter à la liste sanglante des morts de la section. Immédiatement, à la lueur des fusées, on creuse un trou derrière la tranchée, et on l'y enterre… Une heure après, chacun reprends sa place tristement, en se demandant: A qui le tour??

            Le bombardement de nos tranchées par l'ennemi continue de plus belle. Vivement la relève!

            Cette nuit, on a fini de relever les blessés; depuis le soir de l'attaque, on les entendait hurler sur le champs de bataille…

ROCH, de la 3ème section, pendant trois jours criait, jour et nuit, appelant les brancardiers à son secours… Combien sont morts dans la plaine, après d'atroce s souffrances,

1er Octobre.                Cette nuit nous avions tellement faim que l'Aspirant TRIOLLET, TANCRET et moi, nous sommes allés en patrouille pour fouiller les sacs des morts, à la recherche de biscuits et de boîtes de conserve!

--------------------

VILLARDRY, de la 8ème escouade, vient d'être frappé en plein crâne par un éclat. Le malheureux agonise dans la tranchée et meurt… (12 heures après, sans avoir repris connaissance! )  Encore un brave garçon de la Section qui disparaît!

            La nuit est froide et humide; pas de lune, pas une étoile au firmament! Il faut ouvrir les yeux et surtout avoir de bonnes oreilles! L'ennemi profite souvent des nuits sans lune pour tenter ses coups de main.

            La nuit s'écoule lentement; un guetteur sur deux, est debout, son fusil au créneau. Les mains dans les poches, il va et vient, tout en jetant un coup d'œil  par dessus le parapet, pendant que son camarade dort, en attendant son tour de garde.

            Aujourd'hui, nous avons mangé un biscuit pour deux, et une boîte de singe pour quatre; de l'eau jaunâtre, qui vient du poste d'eau de la route de béthune.

            Là-bas, sur notre gauche, du côté de Loos, une canonnade furieuse se déclenche, qui dure environ une heure: sans doute un coup de main des anglais.

            Le Sergent SCARONI vient bavarder un moment avec moi, puis se dirige vers la tranchée Nicht pour surveiller des corvées de terrassement.

            A côté de moi, un camarade s'est endormi; il est presque couché dans le boyau. Je me penche sur lui " Relève toi, lui dis-je, tu encombre le boyau, on ne peut plus passer. " – Pas de réponse! Il ne bouge pas… Je le secoue à nouveau… rien… Je sors ma lampe électrique, et j'éclaire son visage: c'est CHANTEREAU, de la 5ème escouade. Un éclat d'obus lui a fracassé la tête pendant qu'il dormait… Il est mort sans souffrance… Avec TANCRET, et BOUILLAGUET, nous le transportons dans un trou d'obus; il sera enterré tout à l'heure…

            Le sergent SCARONI arrive, et nous dit à voix basse: " Alerte! Tout le monde au créneau, fusils chargés à répétition, prêts à faire feu! On s'attends à une attaque! "

            Vite, nous prenons nos emplacements de combat. On nous annonce que l'ennemi  vient en rampant dans notre direction. Il est à cinquante mètres de nous, vers les réseaux Bruns. Rapidement, à voix basse, le Sergent donne des ordres: " Approvisionnez, hausse de combat!  Ne pas tirer sans ordre! Visez soigneusement à ras de terre, et, surtout, gardez tout votre sans-froid! " Le silence est impressionnant; la tranchée est garnie, nous sommes coude à coude! SCARONI allume une fusée, qui monte dans le ciel noir avec un bruit de chemin de fer! C'est le signal: Plusieurs fusées s'élèvent, et, bientôt; une dizaine de grosses étoiles se balancent à cent mètres de hauteur, éclairant le terrain.

            Surpris dans leur avance, les allemands se dressent, et bondissent en hurlant! Un commandement part de notre tranchée:

" Section… Joue… Feu! "

Un crépitement se fait entendre.

" Charger… Joue… Feu…"

            La mitrailleuse se met de la partie. Des allemands culbutent. Les fusées continuent à monter pour allumer leurs étoiles, avec un petit bruit sec. Les feux de salves se succèdent, suivi d'un feu à répétition qui achève la déroute de l'ennemi.

            Tout rentre dans le silence et dans l'ombre.

            La nuit s'achève sans autre incident! Devant nous, on entend les blessés ennemis qui appellent au secours.

            Bientôt, le jour se lève… Il n'y a plus rien sur le terrain… L'ennemi a enlevé ses morts et ses blessés.

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 22:18 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 juin 2009

L'ASSAUT SUPREME (11)

L'ASSAUT SUPREME.

             --------------------------

L'ordre vient d'arriver de repartir en avant. Il faut parvenir à prendre pieddans le Bois de la Folie. L'attaque se déclenche sur notre droite. Le soir tombe, mais le temps est

d'une grande visibilité! Tous les points du Champs de bataille se couvrent d'une nuée de soldats qui semblent surgir de terre, et foncent sur un ennemi invisible, qui couvre la vague

d'assaut d'une pluie de balles.

            Une batterie allemande de 105mm est en lisière de la Folie, et les pièces débouchent à zéro. Les obus nous éclatent sur la tête, avant le bruit du départ. Un hurlement se fait entendre… Par bonds, la vague d'assaut arrive près du but, et c'est à qui hurlera le plus fort! Cris de douleur… cris de rage… et cris de victoire…

            Une compagnie allemande surgit à cent mètres. Combien sont-ils? Cent? Deux cents? Peu importe! Un officier du 1er bataillon désigne l"ennemi de son bâton, et sa voix résonne au milieu des éclatements: " Poilus du 407! Encore un peu de courage, et la Folie est à nous!! A la baïonnette! Et pas de pitié! "

            Le choc a lieu trente secondes après. Mais, comme l'ennemi a, sur nous, l'avantage du nombre, du terrain et du commandement, nous reculons de trente mètres. Bientôt, la lutte à l'arme blanche s'engage! Il se produit des corps à corps au couteau… Des blessés, couchés au fond des boyaux, nous tirent dans le dos. Il faut en finir… quelques hommes ramassent des pelles-bêches, et fendent les têtes des blessés ennemis… les pelles coupent les mains; et fendent les crânes…

            L'ennemi recule, pressé par nos baïonnettes! Nous arrivons sur la tranchée de cinquième ligne. Une explosion terrible me renverse, ainsi que plusieurs camarades… Nous nous secouons, et, avec des rugissements, nous sautons dans la tranchée.

            Au milieu de la fumée, j'entrevois mes camarades fonçant, baïonnette en avant, dans le trou d'où les boches tirent sur nous, à bout portant. Puis plus rien… On sent que c'est la fin! L'ennemi nous abandonne sa tranchée…

            Je repars en avant, à sa poursuite, entraîné par une Compagnie du 24ème R.I.; avec plusieurs de mes camarades, nous arrivons à cinquante mètre du Bois, et harcelés par le tir des mitrailleuses, nous nous couchons dans la boue, en tirailleurs.

BECKER Jacques est à ma droite, et VUILMAU à ma gauche; nous tirons sur des silhouettes que nous apercevons devant nous. La nuit, à présent, est tombée! Le canon est calmé… Alentour, le râle des mourants… A un certain moments, j'appelle BECKER pour avoir des cartouches; il ne répond pas! Le pauvre garçon est mort, frappé d'une balle en plein front… A gauche, VUILMAU a la figure dans la boue et repose dans une flaque de sang… Epouvanté, je recule lentement jusqu'à un trou d'obus, où j'attends que les rafales de mitrailleuse s'arrêtent. Je me  retrouve avec Gaillard, Caporal à la 1ère section. Nous retrouvons nos camarades du 407 en pleine action! On se bat encore sur certain points… Le Lieutenant GERAR-DUBOT insulte l'ennemi, et lui lance des grenades .Dans la tranchée, on foule des corps mous, dont quelques-uns remuent… Des cadavres sont entassés, en long et en travers, sur des blessés qui gémissent et réclament les brancardiers!

            Nous passons la nuit sous la pluie, couchés dans la boue, nettoyant nos fusils, en prévision d'une contre-attaque de l'ennemi, qui heureusement, est aussi fatigué que nous!!

            VAGNEZ, de la 5ème escouade, est parti depuis cinq heures du soir porter un pli, et n'est pas revenu, tué dans le bled… TISSERAND et GRANGJEAN ont disparu… Encore trois bourguignons de moins! Pendant toute la nuit, nous creusons la tranchée, et retournons les créneaux du côté de l'ennemi. Tout est calme, mais dans la plaine, on entends les plaintes des blessés… Ici, on appelle les brancardiers. Là on demande à boire… Plus loin, un mourant réclame sa Mère… Ce soir de bataille est bien triste!! Combien de camarades sont tombés dans la plaine de Vimy? Je l'ignore! A ma section, nous restons 8 sur 48……

          Le soleil se lève lentement. La nuit est finie. La bataille va peut-être reprendre de nouveau. Une mitrailleuse ennemie tire sur des renforts qui nous arrivent. – On demeure là… Les vivants ont cessé de se battre, et les mourants achèvent de mourir… L'exaltation est apaisée; il ne reste plus que la fatigue, et l'attente qui recommence… De quoi cette journée sera t elle faite? Nous ne le savons pas! Est-ce notre dernier jour de souffrance? Nous le souhaitons!

Posté par 407ri à 14:52 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 juin 2009

L'ASSAUT EST FINI (10)

L'ASSAUT EST FINI!

--------------------------

Je regarde à droite, à gauche: partout des camarades inconnus. Ici, c'est un poilus du 407… Plus loin, un vieux briscard du 405… Ailleurs, une escouade du 74ème… Là, un sous-officier du39ème… Il n'y a plus d'unité de formée… Qui nous commande? Je l'ignore complètement, et je m'en moque… Que ce soit un officier du 407ème ou du 129ème, je retrouverai mon régiment après la tourmente!

Nous traversons des réseaux de fil de fer; nous franchissons des tranchées, des boyaux… maintenant, l'avance devient plus lente. Sous une pluie d'obus de tout calibres, nous arrivons contre la troisième ligne ennemie. Je me retrouve à côté de l'Aspirant T………, et au milieu de plusieurs camarades. Le Capitaine, commandant la 8ème Compagnie, tombe, mortellement blessé… D……….. est touché à la tête, et s'abat comme une masse, au milieu des fils de fer… - devant nous, à quelques mètres, une mitrailleuse tire encore, et pourtant, déjà, l'ennemi se rend. L'aspirant, en courant saute dans la tranchée, et brûle la cervelle d'un officier allemand. A côté, la mitrailleuse, actionnée par  un sous-officier, tire toujours… D'un coup de revolver dans la tête, notre Chef le met hors de combat. Ce malheureux boche était attaché par une chaîne à sa mitrailleuse, de façon à ce qu'il ne puisse se sauver…….

Enfin, voici la troisième ligne à nous. Nous sommes exténués de fatigue; nos fusils sont des paquets de boue. Il n'y a que nos baïonnettes qui luisent; elles ont soif de sang. Je jette mon fusil, qui ne fonctionne plus, et je ramasse un fusil Mauser ainsi que plusieurs chargeurs. Avec ça, j'aurai de quoi me défendre, si l'ennemi organise une contre-attaque.

En avant! A la quatrième ligne!!  W……., après un bond de vingt mètres, reçoit une balle dans une jambe. Il tombe en poussant un juron!  D……….. veut le traîner dans un trou d'obus. Le pauvre V……… reçoit une autre blessure: une balle lui traverse l'épaule droite, tandis qu'un éclat d'obus renverse D…….. sur lui…  P….. a les deux mains traversées… Le Sergent pionnier reçoit une balle dans le ventre… Le Caporal V……. est grièvement blessé… Le Caporal G…….. est tué… la lutte est grave!

Nous sommes sur le parapet de la quatrième ligne. Plusieurs groupes ennemis ne veulent pas se rendre, et un cinquantaine de soldats, en gris verdâtre, foncent sur nous, baïonnette en avant.

Le choc a lieu. Des poitrines sont trouées. Je suis sur la gauche de ce corps à corps, qui tourne à la boucherie!  L'ennemi est repoussé, mais une dizaine de forcenés surgissent devant nous. Un feu à volonté en couche la moitié sur le carreau, et le reste s'enfuit… Nous sommes maître de la quatrième ligne. Sans une minute de répit,  nous avons pris trois lignes successives de tranchées, depuis le départ de la 1ère ligne ennemie! Nous avons fait une avance de plus de 1500 mètres!

     Des section entières d'allemands arrivent en hurlant leur " KAMARADE "  pas kapout "…

            La 5ème ennemie tire toujours. Des cadavres, en gris, recouverts de boue et de sang, emplissent la tranchée. Les obus nous arrivent dessus avec moins de précision. Soudain nous sommes bloqués net. Impossible de repartir. Les balles sifflent, innombrables de nouveau. Elles viennent de partout. Nous sommes obligés de nous terrer dans cette tranchée, et d'attendre que l'aile droite progresse, car nous avons trop avancé!

            L'ennemi a repéré soigneusement cette tranchée, alors qu'il la possédait. Ses obus tombent nombreux, méthodiques. Pas un pouce de terrain, pas un mètre du parapet qui ne soit retourné! Tout d'abord, nous n'y prenons pas garde, habitués à la pluie de ferraille! Mais nous nous apercevons bientôt que notre artillerie tire trop court… Notre avance a été très rapide sur ce point, et les 75, croyant pilonner l'ennemi, qui est en fuite, sont en train de nous assommer.  Nous lançons de suite les fusées "Allongez le tir. " La fumée des explosions est si intense que les observateurs ne voient pas nos signaux, et les 75 continuent à démolir les tranchées. Déjà une dizaine des nôtres, sont étendus, morts ou blessés!  Allons nous être obligés de reculer?

             Le Lieutenant G……….. monte sur le parapet avec des panneaux blancs, pour faire des signaux, qui sont aperçus par un avion observateur; celui-ci fait allonger le tir.

            L'orage de fer est arrêté; il est impossible d'observer ce qui se passe. Partout des fumées rampent sur le sol, s'élèvent et voilent l'horizon.  Devant nous, le Bois de la Folie semble en feu; c'est à peine si, derrière nous, on aperçoit la route de Béthune! Des fusées rouges, vertes et blanches montent sans cesse dans le ciel. Fusées allemandes? Ou fusées françaises?

            Le soleil est brûlant.  Il est quatre heures de l'après-midi. Sur nos fronts, la sueur coule!  Dans l'air, flotte une odeur de poudre et de cadavres en putréfaction! Aux détonations de l'artillerie se mêlent les bruits de tir de mousqueterie et de grenades. Là-haut, dans les nuages, des avions se battent; on entend un faible crépitement de mitrailleuse, parmi le vrombissement des moteurs.

            Derrière nous, la fumée se dissipe, un peu; des renforts montent en colonne par quatre. Des marmites éclatent au milieu! Parmi les sections, des hommes s'abattent. Une batterie de campagne accourt. Les petits 75 se mettent en position au milieu de la pleine, à découvert. A peine en place, le tir commence. Les obus soufflent à ras de la tranchée pour aller éclater en lisière du bois. La riposte arrive,  écrasante!  Plusieurs grosses pièces tirent du côté de VIMY; ce sont des 210, qui soulèvent, en éclatant, des gerbes de terre; puis les 77 commencent à tomber comme grêle! Nous regardons cette lutte: artillerie contre artillerie! Le Capitaine est tué sur sont cheval, héroïque jusqu'au bout! Les chevaux tombent; les conducteurs les suivent. Une pièce est mise hors de combat; les trois autres tirent, de plus en plus vite… Un échelon de munitions arrive, mais deux caissons sautent! Une deuxième pièce est hors de combat; les autres tirent à la vitesse maximum! L'avant-dernière éclate… Des hommes tombent! Les Artilleurs sont morts, blessés , ou se sont réfugiés dans des trous d'obus. Il n'y a plus qu'un officier et quatre hommes, au milieu des explosions d'obus de tous calibres. Ils continuent à servir la pièce… La batterie agonise… Puis, une détonation plus forte que les autres: les derniers artilleurs tombent et disparaissent dans la fumée… Un moment d'arrêt! – La dernière pièce vient de sauter… La batterie de 75 est morte, mais, devant nous, la tranchée ennemie est nivelée!

Posté par 407ri à 15:28 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 juin 2009

L'ASSAUT CONTINUE (9)

L'ASSAUT CONTINUE.

----------------------------- 

Dans la tranchée ennemie, nous reprenons haleine, avant de repartir dans la fournaise! Ici, nous sommes un tout petit peu protégés par les parois de la tranchée. L'intérieur est rempli de fusils Mauser, alignés sur la banquette de tir, et de sacs de grenades. Au fond, des cadavres, dont les mains crispées serrent des canons de fusil. Ici, un cadavre, étendu à plat ventre, un bras replié, laisse voir des manches grises à parements rouges de la Garde Prussienne…  Des jambes bottées sortent d'un amas de terre… Le talus est renversé. – Le Lieutenant C……. – ( de Saulon-la-rue, Côte d'or ) notre Chef de section, se dresse sabre au poing:

" Allons, les gars, il est l'heure de repartir. En avant! Et surtout, pas de désordre! "

Il monte sur le parapet et s'élance. Nous escaladons le talus en trébuchant sur les cadavres allemands, et nous repartons, en laissant les morts dans leurs fosses. Le tir de barrage continue.. d'infernales décharges de 105mm s'écrasent derrière nous; où nous sommes, c'est un point mort pour l'artillerie: on peut respirer quelques secondes…

            On cesse d'être fou et sourd. On se regarde. On se compte… Hélas! Les vides sont grands! Et la fusillade crépite de plus en plus, en avant de nous. C'est la deuxième ligne ennemie qui tire. Le lieutenant C……… tombe, une épaule fracassée… Plusieurs de nos camarades veulent l'emporter à l'arrière. Il se soulève sur son bras valide, et hurle:

" Nom de Dieu! Foutez-moi la paix… Moi j'ai mon compte! Vous autre, en avant!! "

             Il s'affaisse, perdant son sang; on le met dans une toile de tente, et, sous la surveillance d'un blessé, on le fait transporter à l'arrière par deux blessés ennemis, qui viennent de se rendre… 

            L'attaque continue… B…….. a la main droit traversée… Nous arrivons dans un passage dangereux: il s'agit de traverser la route de Givenchy, balayée par deux mitrailleuses ennemies!! Couchés à plat ventre dans les trous d'obus, il va falloir passer par petits groupes. Une dizaine des nôtre restent sur le carreau… et il faut continuer notre avance, par bonds successifs de vingt mètres. A chaque bond, plusieurs d'entres nous ne se relève pas! Sur le centre, l'ennemi contre-attaque. Il y a un flottement. Les Sous-Officiers hurlent ( les Officiers se font rares!):

" Camarades à la baïonnette ! "

            les hommes hurlent de plus belle, et l'assaut reprend! L'Adjudant a pris le commandement de la compagnie. Une mitrailleuse nous prend d'enfilade, et nous fait beaucoup de pertes… Nous restons un bon moment couchés en mitrailleurs, n'osant plus bouger!  Les balles allemandes perforent les crânes avec un bruit mat…

            Le sergent C……., un grand barbu, notre Chef de Section en remplacement du Lieutenant C…….., s'élance , le fusil à la main. Il crie des mots que nous n'entendons pas, dans l'orage des éclatements… Nous voici repartis en avant.

            Une grêle de balles nous fait courber la tête… Je reçois un choc dans le dos: c'est une balle qui vient de traverser mon sac! Le Sergent C……… s'abat, une cuisse fracassée… Nous voulons le panser, mais il ne veut pas. " Allez mes amis, ne vous occupez pas de moi! Les brancardiers m'emporteront. Quant à vous, en avant! "

            Il nous serre la main, et montre la direction de l'ennemi. Nous repartons… Le champ de bataille est couvert de vagues de tirailleurs, qui s'élancent vers le Bois de la Folie..            Près de moi, deux hommes culbutent, roulent l'un avec un grand cri, l'autre sans dire un mot. Un troisième est écrasé par une marmite, et disparaît… A la place où il était, il n'y a plus qu'un grand trou noir fumant, et un peu de sang… Horreur!!

            Un sergent, en avant de nous, se retourne et crie:

" Vous êtes trop serrés! Mettez vous à dix mètres! "

            Il s'arrête, porte la main à son cœur, et tombe à genoux; son corps se penche en avant, et il roule… le sang sort à flots de la blessure! Un frisson, et plus rien…

            On ne voit plus d'officiers. Où sont les sou-officiers? Peut-être tous morts? Il y a de l'hésitation dans la marche à l'avant, mais un soldat de la troisième Section, L………., s'élance en tête de ses camarades! " Camarades en avant, et vengeons nos morts! "

            La ruée en avant est plus ardente, après ce cri, lancé dans la tempête…

            Tout près de nous, C…….., la figure ensanglantée, tombe. Il se relève sur les genoux, tends le poing au boches, et retombe… Il crispe ses mains et creuse la terre… Nous approchons de la tranchée ennemie, mais le feu des mitrailleurs boches devient plus précis. B……… Albert s'abat, le mollet traversé… B…….. culbute, un éclat dans la jambe… Le Sergent B………, une balle en pleine tête, tombe dans un trou d'obus… B……. a les reins brisés...            L'Aspirant T……….. a pris le commandement de la vague d'assaut. L'attaque devient une fuite en avant. Tête baissée, éperdus, nous courons droit sur les nids de résistance boche. Une nuée de balles gicle autour de nous. Il y a des chutes encore plus nombreuses; des cris, des hurlements. Et ceux qui ne sont pas atteints, regardent en avant… Nous marchons parmi la mort, qui frappe sans arrêt autour de nous.

            L'ennemi abandonne la tranchée au moment où nous arrivons, à dix mètres. Des sections ennemies entières se dressent sur les talus. Ils se rendent pendant que leurs camarades tirent encore…

          Sur notre droite, il y a un vif assaut à la baïonnette. On se bat à l'arme blanche, mais, où nous nous trouvons, les allemands se rendent, complètement abrutis, et à moitié fous… Sans une minute de répit, nous traversons la tranchée de deuxième ligne, et repartons en avant.

Posté par 407ri à 14:01 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 mai 2009

L'ASSAUT DU BOIS DE LA FOLIE (8)

L'ASSAUT DU BOIS DE LA FOLIE.

--------------------------------------------

Le vacarme de la fusillade est terrible et nous enveloppe d'un crépitement strident; des milliers de balles passent au dessus du parapet. Derrière nous, nos batteries tonnent sans discontinuer

Les officiers, pâles, consultent la carte d'Etat Major, et certains d'entre eux s'assurent si leur revolver est chargé. Nous sommes prêts! Les hommes se rangent en silence; la jugulaire au menton donne un air farouche! Les yeux brillent, les faces sont crispées! Chacun sait qu'il va apporter son corps tout entier, tout nu, aux fusils ennemis, braqués d'avance. Tous se demandent si c'est leur dernier jour, et dans une pensée rapide, en un moment de silence, envoient un adieu au pays natal, à la famille qu'ils ne reverront peut-être jamais!

            L'attente s'allonge, s'éternise. De temps à autre, on tressaille un peu, et on courbe la tête, lorsqu'une balle, tirée d'en face, frôle le talus d'avant, qui nous protège, et vient s'enfoncer, avec un bruit mat, dans le talus d'arrière.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

EXTRAIT de mon Journal des Tranchées.  - Un coup de clairon se fait entendre; les uns derrière les autres, nous montons sur le parapet, et en hurlant, nous fonçons devant nous. La fusillade c'épite de plus belle! les balles nous sifflent aux oreilles; les mitrailleuses allemandes sont en action. Des camarades s'abattent, frappés à mort. Le Sergent M......., de la 1ère section, tombe le ventre ouvert par un éclat. – Le talus est couvert de centaines d'hommes, qui avancent sur un front de près d'un kilomètre.

            Nous traversons nos réseaux de fils de fer; le tir de l'ennemi devient plus précis; plusieurs camarades tombent… On court un peu plus vite, les coudes serrés au corps. La baïonnette brille, et a soif de sang…

            Soudain, devant nous, de sombres flammes, et des détonations. En ligne, à gauche, à droite des fusants montent dans le ciel; des explosifs sortent de terre; il en éclate un peu partout!! C'est un effroyable rideau qui nous sépare de l'ennemi. Nous nous arrêtons, stupéfaits, effrayés, mais un effort nous rejette en avant. Tête baissée, nous pénétrons dans la fournaise. On ne se voit plus dans la fumée. – On voit, au milieu de tempêtes de terre montant au ciel, avec fracas, sous la force de la poudre, s'ouvrir des cratères, les uns à côté des autres… et puis, il tombe tant d'obus, que l'on ne sait plus où tombent les rafales… On se croirait dans les nuages, quand il fait un orage épouvantable, et que le feu du ciel est déchaîné! On voit ,on sent passer près de sa tête, des éclats d'acier. Par moments, le souffle d'une explosion jette des hommes par terre; les uns se relèvent, avec plus de peur que de mal; les autres restent immobiles, couchés pour l'éternité!

            Je sens un choc violent dans le dos; je tombe à la renverse: c'est un éclat, qui, frôlant ma joue, a pénétré dans mon sac, en même temps qu'une balle perforait ma gamelle!!

Devant moi, Julien B.......... court comme un fou, en hurlant: une balle lui arrive , droit au cœur. Il s'arrête, tourne sur lui-même, et s'abat sur un cadavre ennemi. T.......... Alain, deux balles dans la tête, s'abat à ma droite, et roule sur le dos, la bouche ouverte, crachant du sang.

Dans cette fournaise, je sens la folie qui me gagne. Je fonce dans l'enfer sous la pluie des éclats, au milieu des gouffres qui se creusent; les morceaux de fonte sifflent avec un tel miaulement sinistre, que se bruit me fait mal!

Nous bondissons droit devant nous, nous trébuchons sur les cadavres, et, devant nous, toujours, l'avalanche fulgurante du barrage de fer et de feu.

            Nous bondissons dans ce tourbillon de flammes comme des démons! Au passage, je vois des camarades tournoyer sur place et s'abattre… d'autres , soulevés dans la fumée et tombés à quelques mètres… B........... tombe en poussant un cri. Il tente de se relever, mais il a une jambe fracassée. V...... Edouard porte sa main à sa poitrine, et s'abat en criant: il a reçu une balle en pleine poitrine, et déjà, il râle! Encore un Bourguignon qui ne reverra plus jamais Dijon, son pays natal !!

            Nous courons plus vite à présent, sans penser à ceux que les balles ennemies couchent sur le champ de bataille! Il y en a qui tombent d'une seule pièce, le visage tourné vers le ciel…

            Nous franchissons le réseau ennemi. Nous avançons d'un dernier bon, et sautons dans la tranchée allemande, au milieu des boches épouvantés, qui jettent leurs fusils à terre, lèvent les bras vers le ciel; et hurlent des " Kam'rades " avec furie.

            En voyant arriver cette vague d'assaut bleu horizon, hurlant à la mort, vague de démons couvert de boue, jetant des cris, ivres de sang, l'ennemi prends peur, et jette les armes… Les uns se rendent, mais les autres se sauvent vers leurs deuxième ligne. Nous leur tirons dans le dos; quelques-uns tombent. Un officier ennemi, superbe de morgue et d'arrogance, arrive et crie "kamarade", comme ses soldats.  Victor B......... le prend par l'épaule, et joyeux, lui montre les boches qui arrivent en courant les bras en l'air. Il lui dit:

" Mon vieux, si ça continue d'avancer comme ça, dans huit jours, on est à Berlin! "

Une balle ennemie lui traverse la poitrine! Il tombe sur les genoux, montre le poing à l'officier boche, et s'abat raide mort…

            Les troupes de renfort qui sont derrière nous, en voyant arriver les groupes de boches, tirent dessus. Plusieurs allemand tombent, mais quelques-uns de nos camarades sont frappés par les balles françaises!! Le Sergent C...... se dresse sur la tranchée et crie " Cessez le feu! "

--------------------------------------------------

Posté par 407ri à 19:54 - Carnets ARVISENET Marcel - Commentaires [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »