Guerre 1914 / 1918 - Le 407° R.I.

25 novembre 2014

Le blessé

3 -Près de Lavesne (Aisne) 4 juin 1918

 

Le 4 juin 1918 près de Lavesne (Aisne) transport de blessé par les brancardiers du 407° Elisé VIVIN est le 3° à partir de la droite

Merci à Corinne HOERNER sa petite fille pour la transmission de cette photo

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Poste de secours

2 -Devant les grottes de Limonval Secteur de Coucy le Château 25 mai 1918

Poste de secours : les brancardiers du 407° devant la grotte de Limonval Secteur de Coucy le Château le 25 mai 1918

Elisé VIVIN est tout en haut à droite

Merci à Corinne HOERNER sa petite fille pour la transmission de cette photo

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Devant les grottes de Vieil Arcy

1 - 407eme01Devant les grottes de Vieil Arcy (Aisne) 6 février 1918

 

Le 407° devant les grottes de Vieil Arcy (Aisne) le 6 février 1918 - En haut à droite VIVIN Elisé né le 3 mars 1884 à Joinville le Pont de la classe 1904

Merci à sa petite fille Corinne HOERNER pour la transmission de cette photo

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11 octobre 2014

BUFFENOIR Eugène

BUFFENOIR Eugène

BUFFENOIR Eugène dans les tranchées de Souchez le 1 août 1915

BUFFENOIR Eugène retourna à la fin de la guerre exercer son métier d'exlpoitant agricole à Marsannay la Côte  (Côte d'Or) et se consacra à sa vigne, il décéda en 1965 le jour de Noël.

Merci à son petit-fils Patrice GALLANT pour la transmision des informations et de cette photo

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20 mai 2013

Sapes et Mines (32)

 

SAPES ET MINES

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Le plus terrible, en Argonne, c'était la guerre de mines et de sapes! Je me souviens avoir travaillé dans les sapes avec le Génie. C'était un travail très dur! En bras de chemise, les sapeurs entraient à genoux dans les sapes, déchirant leurs vêtements aux pierres des parois, puis piochaient pendant de longues heures avec un courage tranquille, risquant toujours de se rencontrer avec l'ennemi, ou de sauter par l'explosion d'un camouflet!

Lorsqu'une contre-mine explosait, les pauvres sapeurs ( s'ils n'étaient pas tués, broyés ou asphyxiés! ) restaient parfois des heures emmurés, à demi-écrasés dans leurs trous obscur. Alors ils creusaient, ignorant la direction, se trouvant tout à coup sous la tranchée ennemie. Pour ne pas être fait prisonnier, ils se remettaient à creuser en sens inverse, et, après plusieurs jours d'effort et d'endurance, parvenaient à rejoindre nos lignes, exténués de fatigue, et mourant de faim!

Travail sombre et sinistre, ou l'on devait lutter contre cette terre pourrie et grise, qui devenait souvent un grand tombeau, ignoré des hommes! Je me souviens! C'était vers la fin d'Août! On avait décidé de faire sauter la tranchée ennemie. A la nuit tombante, on apporte tout le matériel nécessaire, puis les hommes de la première équipe, ayant enlevé leurs capotes puis leurs vestes, se mirent à creuser tout à tour dans la direction de l'ennemi. J'étais là avec mon escouade, pour évacuer la terre dans de petits sacs, et pour faire marcher les ventilateurs chargés d'amener l'air respirable au fond de ses galeries, où il faisait une chaleur intense!

Les sapeurs creusaient lentement, à genoux; de temps en temps, on leur passait une goutte de rhum, pour leur donner des forces. Ils piochaient à la lueur d'une bougie, qu'ils plaçaient dans une petite niche. Sans prendre garde aux pierres qui déchiraient leurs vêtements et à la terre qui leur tombait dans le cou, ils enfonçaient les cadres de bois destinés à soutenir les parois de la voûte. Quelquefois, il arrivait que l'on déterra un mort, q'un violent bombardement avait enfoui à plusieurs mètres sous terre!

La sape avançait maintenant! En descendant, bien droite avec sa parois et son plafond de bois. Un matin je venais d'arriver avec mon escouade. Un sapeur s'arrêta de piocher, et dit à son compagnon, qui fixait un cadre de bois: "Ecoute! Il me semble qu'on pioche en dessous! "

Les deux sapeurs se couchèrent sur le sol, appuyant une oreille à terre, et, après quelques minutes de silence:

" ça y est! On creuse sous notre galerie! Les boches sont en train de préparer un camouflet pour nous faire sauter! Ils sont à trois mètres de nous! "

ils écoutèrent à nouveau, tandis que nous autres fantassins, écoutions ces bruits sourds avec terreur!

" S'ils continuent à piocher, ça va! Mais s'ils s'arrêtent, dans deux heures on saute! ! "

le martèlement cesse! Aussi évacuons-nous la sape en vitesse, les deux mineurs emportant leurs outils!

" Sergent! Ils nous camouflent notre sape! Ils font le bourrage! "

" Eh bien laissez-les faire! On recommencera… "

Une heure après, on entendit un bruit sourd au fond de la sape; puis, un peu de fumée sortit de l'ouverture.

Une fois les gaz évacués, le travail recommença. Les mineurs se dépêchaient, avec la hâte d'arriver assez à temps pour faire sauter la tranchée ennemie, avant de sauter eux-mêmes! Par un nouveau camouflet.

Le travail devient de plus en plus long et pénible, à cause de la longueur de la sape!

Une journée passa, puis une autre; les équipes ne cessèrent point de travailler. Enfin, la tranchée souterraine fut poussée jusque sous les lignes allemandes! Le Lieutenant du Génie vint l'examiner, et voyant qu'elle était poussée assez loin, fit apporter les charges d'explosifs, dont les hommes bourrèrent la mine;puis ils rebouchèrent fortement avec des sacs à terre, et la tranchée de première ligne ainsi que les abris furent évacués.

Le jour se levait quand à 150 mètres de l'endroit où nous étions, on vit le sol trembler. Une formidable explosion ébranla l'air, secoua la terre avec un bruit sourd, en projetant dans l'espace un jet de pierres, de terre, d'arbres et de cadavres: sur cinquante mètres de long, la tranchée allemande venait de sauter!

La mine avait fait son effet! !

 

 

 

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29 août 2012

Médaille Militaire

MARTINI Albert sous lieutenant au 407° Régiment d'Infanterie , en convalescence dans un hôpital militaire de la ville de Biarritz a reçu la croix de guerre avec étoile de vermeil lors d'une remise à la mairie de Biarritz le 10 novembre 1916

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13 juin 2011

Soldats Cantonniers (17)

Jeudi 15 juillet 1915.

 

Bien chers Parents,

 

Il est 6 h du matin, je viens de boire mon jus, du jus comme vous n’en avez pas de pareil et je ne dis pas ça pour plaisanter, car depuis que nous sommes en campagne nos cuistots nous font à la roulante du café ( sans chicorée ) excellent.

Je ne sais pas ce que nous ferons aujourd’hui, le sergent de jour vient de passer et après avoir demandé les malades s’en est allé sans rien nous dire.

Quel 14 juillet avez vous passé à Montmerle ? Je suis sûr d’avance qu’il est loin d’avoir valu le nôtre. Toute la journée du 13, les braves cantonniers que nous sommes se sont mis au travail, il y a eu à faire. Dans le Nord les gens ont l’habitude d’étendre leur fumier ( celui des bêtes bien entendu ) de façon à ce qu’il tienne toute la cour. Le purin s’écoule dans une mare à côté où boivent les animaux, car ici l’eau est très rare. Donc, il a fallu mettre ce fumier en un joli tas bien carré ; on parlait même de nous faire vider la mare !.. A l’intérieur du cantonnement tout a été superbement décoré, des portemanteaux, planches à paquetages, râteliers d’armes ont été installés, le colonel qui a passé tout ça en revue s’est déclaré très satisfait.

Dans une autre compagnie, les poilus ont construit avec des toiles de tentes un immense cirque qui a fait notre joie dans la soirée d’hier. D’autres ont bâti des arènes de lutte ou bien des jeux de massacres vivants  et que sais-je encore !

Bref avec Marius Guillard que j’ai rencontré sur la fête et d’autres copains, nous avons passé le meilleur 14 juillet que je n’ai jamais vu.

Un nouvel ordre est arrivé pour les permissions, dès à présent, deux hommes par compagnie partent chaque jour dans leur famille, mais pas quand nous serons aux tranchées naturellement. Les premiers qui en profitent, sont ceux qui ont déjà été blessés, ensuite passeront probablement les hommes mariés et la 15 à la guerre. Guillard « l’heureux mortel » ne tardera pas à aller faire un tour à Montmerle, quant à moi, j’ai peu d’espoir d’y aller avant le mois de novembre. Voilà plusieurs jours que le canon tape fort du côté de M…. S….et D…. S…. j’ai vu pourquoi sur les journaux.

On parle beaucoup ici qu’il est question de remplacer la classe 15 au 407 par la 16 et nous renvoyer dans nos anciens régiments ; est-ce vrai ? Il court tellement de canards.

J’ai fini l’une des deux autres bagues avec la croix et vais me mettre au travail pour commencer l’autre.

J’entends dire que la fête continuera aujourd’hui mardi ?

Vous voyez que contrairement à ce que nous avait dit le capitaine le départ n’a pas eu lieu pour les tranchées, mais je crois qu’il ne tardera guère.

Je vais écrire au papa Janique et à l’oncle François.

J’attire les malédictions de Dieu sur Hortense qui depuis fort longtemps déjà me laisse sans nouvelle.

Et pour terminer, je l’embrasse bien fort malgré tout, ainsi que vous tous.

 

Paul

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02 avril 2011

La cuisine roulante (16)

Mardi 6 juillet 1915.

 

Bien chers Parents

 

J’aurais voulu vous écrire dimanche au retour des tranchées, mais en arrivant nous pensons plutôt à roupiller qu’à faire notre correspondance.

On a dû s’apercevoir que nous ne faisions guère de travail aux tranchées en faisant 35 km et travaillant pendant la nuit, et ma foi, c’était vrai, on ne cassait rien sachant qu’avant de roupiller, il y avait encore un nombre respectable de km à s’appuyer. Cette fois-ci, on s’en est pris différemment, le départ à lieu à 11 h pour arriver à un cantonnement à 2 h où l’on se repose jusqu’à 6 h et d’où le départ à lieu pour les tranchées. Cette fois la nuit a été employée à creuser les boyaux qui relient nos anciennes tranchées de premières lignes avec celles des boches que nous leur avons prises, il y a un mois. Au retour on se repose encore quelques heures dans ce cantonnement provisoire pour arriver ici bien moins éreintés que d’habitude.

Au retour, j’ai trouvé ici votre gros paquet qui m’a fait grand plaisir. Il m’est parvenu en bon état, sauf le bleu qui s’est un peu fait en route, mais qui n’en était pas moins meilleur pour cela. Les copains l’ont trouvé excellent. Vous avez peut-être vu sur les journaux que l’on accorde des permissions aux soldats sur le front. Seulement vous ignorez peut-être en quel nombre, hé bien pour le mois de juillet il y a quatre hommes sur la compagnie, c’est à dire sur 250 qui pourront en profiter ; leur voyage est payé et l’on s’arrange pour qu’ils puissent passer chez eux 4 jours complets. Les noms de ces heureux ont été tirés au sort. Si le mien était sorti quelle tête vous auriez faite en me voyant arriver. Pour le 14 juillet nous allons faire ici notre petite fête nationale, il y aura des jeux divers organisés et chaque homme touchera ce jour là un demi-litre de vin, presque de quoi marcher sur la tête à la fin de la journée ? Hier ma compagnie est allée se mettre en chantier dans un bois à 3 km d’ici où toute la journée, nous avons fabriqué des claies, fascines*et gabions pour utiliser dans les tranchées. Notre cuisine roulante nous suivait, car maintenant chaque compagnie a la sienne. Notre secteur est maintenant assez tranquille, il n’y a qu’au nord de Ar…. (sûrement Arras) que de temps à autre le canon tape sérieusement. Si seulement on pouvait finir avant l’hiver, mais notre idée ici est que nous y passerons encore la mauvaise saison, enfin on a toujours le temps de voir comment ça ira. Demain nous retournons aux tranchées de la même manière que la dernière fois. Je charge Hortense de donner le bonjour à tous ceux qui demandent de mes nouvelles et termine en vous embrassant tous de tout cœur.

 

Paul

 

 

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Bagues

Mardi 29  juin 1915.

 

Bien chers Parents,

 

J’ai tout de même fini ce matin mon nettoyage et ce n’était pas peu de choses car nous étions sales, ah mais sales ! Pour cette bonne raison que dimanche soir, on a pris la route des tranchées du côté de M….M….* et qu’une grande partie de la nuit, il est tombé de l’eau, cette fois c’était pour creuser des boyaux jusqu’à 3 h du matin, à 7 h en arrivant ici et jusqu’à midi, j’ai piqué un de ces sommes qui compte pour quelque chose. Je suis allé au dessus de la tranchée chercher des fusées d’obus et quoiqu’il fisse nuit, j’en ai découvert une de 77 qui pourra faire plusieurs bagues. S’il avait fait jour, j’en aurais fait une provision, car les trous d’obus se touchent tous.

Je crois que nous y retournerons ce soir pour reprendre le même travail.

J’ai un camarade qui va peut-être faire venir son appareil photographique. Je ferai tout mon possible pour tâcher d’avoir ma photo.

Comme je vous ai écrit avant hier, je ne sais plus quoi mettre pour remplir mes quatre pages, au retour des tranchées, je vous dirai comment ça c’est passé.

En attendant, je vous envoie à tous mes meilleurs baisers.

Paul

 

* Il s’agit certainement de Mailly-Maillet. La censure interdisait à Papaul de citer exactement ou il était.

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28 février 2011

RONDE DANS LA NUIT (31)

RONDE DANS LA NUIT

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Dans le boyau Cellos, les hommes de la 4ème ½ section étaient assis dans diverses positions.  PRACHET faisait du feu, et plaçait sur le papier allumé quelques brindilles de bois vert que lui apportait LEVEEL.

" Mais, voyons, PRACHET, lui dis-je, agacé, tu mets trop de bois humide! Tu va faire de la fumée, et certainement, les boches nous enverrons quelques marmites! "

" Ah, les gradés, ricana LEVEEL, y sont tous les mêmes! Toujours la colique… On peut tout d'même bien essayer de faire chauffer la soupe! "

" Tant pis pour Toi si on est marmités! "

            Un agent de liaison arriva, expédié par le Lieutenant VOINIER, qui donnait l'ordre d'éteindre le feu…

            Il n'avait pas fini de parler, qu'on entendit un long sifflement arriver sur nous. D'abord lent et sourd, ensuite plus rapide et plus aigu! Une forte explosion ébranla la tranchée, pendant qu'une pluie de pierres et d'éclats retombaient tout autour de nous. Toute l'escouade rentra bien vite à l'abri, en jurant après les boches.

            Les hommes de soupe arrivèrent et posèrent les gamelles dans l'abri. Chacun se précipita à la distribution.

            Après la soupe, les uns s'allongèrent sur les couchettes, les autres se préparaient à faire une partie de cartes.

" dépêchez-vous! GIROUD, amène ta couverture! BALLET prends une bougie! Mets-la dans l'anneau de ma baïonnette… DUPLAIN, c'est à toi de commencer… "

Et les cartes, sales et collantes, se mettent a glisser dans les doigts terreux, avec beaucoup de trichage! Couché sur ma couchette en fil de fer, je regarde en souriant mes quatre loustics faisant leur manille. La bougie,, collée sur la poignée de la baïonnette piquée dans le sol, projette sa pâle lumière sur les choses de terre et de bois qui nous entourent, et qui composent notre triste demeure souterraine… Aux poutres du plafond, pendent des équipements boueux, des épées baïonnettes à demi rouillées. Dans de petites excavations creusées dans les parois de terre, les hommes ont placés leurs gamelles et leurs grosses boule de pain biscuité.

Ah! ces heures passées dans les abris humides, où l'on étouffait, faute d'air! L'eau suintait goutte à goutte! Les rats dévoraient le pain dans les musettes! Les poux nous empêchaient de dormir! Il n'était pas rare, en s'éveillant, de s'apercevoir qu'un rat vous avait dévoré un morceau de capote, ou un fond de pantalon! !

            Je me souviens, un soir, dans le Secteur de la Bolante, je faisais ma ronde dans mon secteur; Une nuit noire… on ne voyait pas à deux mètres devant le bout de son nez! J'avais placé  mes sentinelles ainsi: P.P.17: LEVEEL et LASSERRE. – P.P.16: HERBRECHT et GIROUD. – P.P.15: GOUSSAY et DUCHESNE – P.P.14: BALLET et GRAND. – A l'entonnoir, se trouvait BAYLE et un nouveau de la section, DIEULANGARD, avec DUPLAIN comme fusiller-mitrailleur.

            La nuit était d'un calme effrayant! Pas un coup de feu! Pas une fusée éclairante! Je vais à P.P.13; je m'assieds cinq minutes sur la banquette de tir, et je cause avec NOGARO et BILLET, de la 3ème section. Comme le poste est à ciel ouvert, il est renommé pour sa tranquillité! Je continue ma ronde, et me glisse dans le boyau couvert menant à P.P.14. J'avance à tâtons dans le boyau souterrain. Je trouve BALLET et GRAND inquiets. BALLET tremble.

" Qu'y a t'il, BALLET? Q'avez-vous? "

" Je crois bien que les boches sont au dessus de notre têtes! On entends du bruit! "

" Oui, chuchote GRAND, on dirait qu'on traîne des perches! "

            J'écoute un moment: On entend, en effet, remuer au dessus de nous!  Je rassure les deux guetteurs, et je quitte ce poste. Arrivé dans la tranchée, j'entends remuer dans le réseau… Je m'arrête… Une respiration rauque en haut de la tranchée… Je sens la frousse qui m'attrape… Ces deux imbéciles-là, avec leurs bêtises, m'ont fichu le trac! Je suis là, adossé à la paroi de la tranchée, n'osant ni avancer, ni reculer, et pourtant, je suis armé d'un pistolet Ruby à huit coups! Et d'un pistolet lance-fusées chargé d'une fusée éclairante! Je pensais:

" C'est un boche qui est là, couché sur le parapet! Il me guette, et quand il me verra

bouger, il me lancera une grenade sur le citron… "

Des bruits dans les réseaux… Une pierre roule dans la tranchée… Je fais plusieurs pas à droite… Si c'était une grenade? Un sac à terre s'écroule… Je me fais le plus petit possible, et je crie:  " Qui vive? Où je fais feu! … Rien… pas de réponse… Je sors mon pistolet de l'étui, je vise une silhouette noire sur le parapet, et je presse deux fois sur la gâchette. Deux détonations claquent dans le silence de la nuit… Rien… Si…  Une boîte de conserves, vide, tombe… Je prends le pistolet lance-fusée de la main gauche, et tire en l'air…

A la lueur de la fusée qui monte, j'aperçoit un énorme rat qui se sauve, effrayé… Cette maudite bête m'a flanqué une sacré frousse! Le Sergent SCARONI arrive en courant.

" C'est vous, ARVISENET? Qu'y a t'il?"

" Rien, lui dis-je en riant, c'est un rat qui vient de me faire peur… " et je lui raconte ma frousse. SCARONI s'éloigne en riant. Je continue ma ronde, et vingt mètres plus loin, je rencontre l'Adjudant BRISSONNET qui fait sa tournée; nous causons cinq minutes, et après l'avoir quitté, la tête bien d'équilibre, j'arrive à P.P.16 DUPLAIN est assis devant son créneau, son fusil-mitrailleur en position sur le parapet. BAYLE me dit:" Je ne suis pas tranquille! J'ai entendu tousser sur le billard… Je crois bien que les boches cherchent à nous jouer une farce! "

            Je descends dans le petit poste; j'arrive au fond du boyau… aucun bruit… le petit poste est à deux mètres d'un poste ennemi. J'avance lentement, le browning à la main. J'entends respirer fortement devant moi. Je fais encore deux pas et me jette dans un morceau de bois, ce qui me fait jurer de colère!

" C'est toi, ARVIS? Dis une voix… Tais-toi! "

" C'est toi, HERBRECHT? Qu'est ce qu'il y a ? "

" Les boches rôdent au dessus du poste! "

En effet on entends remuer. ( Le poste est souterrain, mais possède un créneau en fer permettant de voir par un petit trou tout se qui se passe en avant! )

On traîne des morceaux de bois sur nos têtes… Je regarde par le trou du créneau… Je vois passer une ombre devant, et le créneau bouge: un boche essaie de l'enlever! Je dis à voix basse à HERBRECHT et à GIROUD:

" Attention! Tenez bon le créneau! Ces cochons-là sont en train d'essayer de l'arracher pour nous jeter des grenades! "

            Nous tirons le créneau à nous; on entends le boche jurer! Il doit avoir une perche avec un crochet, mais à nous trois, nous tenons bon! Voyant que le boche ne veut pas lâcher, je passe le canon de mon pistolet lance-fusée par le trou du créneau, et je lance une fusée qui vient éclater dans le poste ennemi.

"HERBRECHT, tire dedans! ! "

            Vite se dernier décharge son pistolet automatique sur deux boches qui sont couchés en avant du poste, et qui tiennent le crochet! Nous les voyons très bien, à la lueur de la fusée! Les deux Fritz sautent dans leur trou… La fusée s'éteint… Nous en profitons  pour enlever le créneau, et retirons la perche en vitesse…

" Tâchez de faire attention… Je continue ma tournée! "

" Oui, mais dépêche toi de nous faire relever, car on commence à en avoir marre! ! "

            Je quitte mes deux camarades après cette deuxième aventure, sans me douter de se qui m'attends dans l'entonnoir…

            Je vais m'asseoir  à côté de BAYLE, et nous fumons une bonne pipe. Soudain, un sac à terre roule dans la tranchée… Je lève la tête, et, au même moment, je vois une silhouette noire sur le parapet. Je me lève: stupeur; le créneau en acier bascule et disparaît.

" Ah! Zut! Crie BAYLE; les boches qui s'sauvent avec mon créneau! ! "

            Il prends des grenades et les jettent en avant de nous, après les avoir fait percuter sur une planchette! Elles éclatent avec fracas en avant de nous.

            Un sifflement, et un objet vient tomber  derrière nous sur le parapet! Nous nous jetons à terre; boum… une violente explosion! Des éclats nous sifflent  aux oreilles, et, avant que nous ayons eu le temps de bouger, une demi douzaine de grenades explosent autour de nous! Heureusement qu'une tôle nous protégeait, sans cela nous étions fichus! DUPLAIN se relève en jurant après les boches. Soudain il se met à crier:

" Cochon… attends… M…. alors...

Il bondit sur le parapet, à la poursuite d'un boche il vient de lui enlever son fusil-mitrailleur!

" Mon trois-pattes!… ou j'te casse la gueule! ! "

Des détonations sèches claquent dans la nuit: ce sont des coups de revolver! BAILE  et moi, nous prenons chacun un fusil, prêt à tirer… Des coups de fusil partent des postes allemand… des balles sifflent à ras du parapet. DUPLAIN arrive en courant, et saute dans l'entonnoir; il a son fusil qu'il remet en place, et il se met à décharger deux bandes de cartouches.

 " pour calmer les boches " dit-il!

" Tu n'vois pas ça, dit-il! C'cochon-là qui s'sauvait avec mon trois-pattes! J'lui ai fichu un coup d'rigolo dans l'dos! Tu parle d'une culbute! Mais, mon vieux, j'l'ai échappé belle! !

            Le lendemain, de P.P.16, on apercevait le cadavre du boche tué par DUPLAIN, étendu dans les barbelés.

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