29 octobre 2009
Patte de Col 407 RI
Patte de col de la capote de René GILBERT - 1° classe - 12° cie -
Il portait cet écusson lorsqui'il fut capturé par les allemands et fait prisonnier le 23 juin 1916 à Verdun
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Un grand merci à Michel GILBERT son petit-fils pour la transmission de cette pièce que la famille garde précieusement.
11 octobre 2009
LA RELEVE (15)
LA RELEVE.
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Qu'est ce que la relève? D'après un journal du front, je ne me souviens plus du titre, en voici la définition vraiment exacte:
" La relève, c'est un mot magique! Savoir quand on sera relevé est la suprême curiosité! Etre relevé est le suprême soulagement! L'heure de la relève est, pour ceux qui quittent la tranchée, le terme de longues fatigues, parfois de longues souffrances, souvent de longs danger! Quel que soit leur courage, leur esprit de sacrifice, les " bonhommes " qui, après tout, sont des hommes, saluant avec joie, ceux qui les viennent remplacer! Ils leur sont reconnaissant de leur exactitude, les maudissent s'ils sont en retard! L'opération d'une relève s'entoure d'un véritable cérémonial! Lorsque une compagnie vient occuper, pour la première fois, un secteur, elle set précédée d'agent de liaison, chargés de reconnaître les boyaux, et l'emplacement des sections. Les deux Capitaines, le partant et l'arrivant, se présentent l'un à l'autre! Le partant passe les consignes à l'arrivant; il lui tend un reçu de tout le matériel qu'il lui transmet. Le nouveau venu signe l'inventaire les yeux fermés.
Dans les sections, les mêmes formalités s'accomplissent: Les quatre chefs de section qui arrivent reçoivent des quatre anciens chefs qui partent quatre inventaires de matériel. Les hommes placés sur les banquettes, cèdent leur place de bonne grâce, et les arrivants posent à voix basse aux partants des questions rapides… " Est-ce bien marmité ici? " Pour un même secteur, une même troupe, une même tranchée, un même emplacement de tir, la réponse diffère, suivant le tempérament de l'interrogé, son temps de service au front, le climat où il est né! La réponse est aussi hâtive que la question: " Non, ça va, ils nous ont laissés tranquilles! " ou bien " Ah mon vieux! Qu'est ce qu'ils nous ont balancé! "
Alors saisie d'une inquiétude aussi vague que le renseignement obtenu, la relève entre en possession de l'héritage de fatigues et de danger qui lui est légué!
Pourquoi dit-on, qu'elle que soit la nature du terrain, qu'on monte aux tranchées, et qu'on en descend, C'est peut-être parce qu'on monte au danger? Ou qu'on descend dans le calme!!
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Le 6 Octobre venait de se passer sous de violents tirs de barrage. La nuit descendait lentement; assis dans la tranchée, couverts de boue, pas lavés depuis quinze jours, nous attendions que le mot de " Relève " résonne dans la tranchée.
Soudain, Adrien DIDIER, l'agent de liaison de la section, débouche en courant du boyau NICHT, et nous dit en passant:
" Vous savez, on est relevés! "
" Vrai? Par qui? "
"Ah, vous savez, c'est un tuyau… mais ordre de se tenir prêts! "
Sur ces mots, DIDIER disparaît derrière un pare-éclat. Il allait porter un pli au Capitaine MOREAU. Le sergent SCARONI donnait bientôt de ordres:
" Equipez-vous, en silence! "
Une heure après, dans la nuit, des ombres se glissaient sans bruit, et descendaient vers nous. Courbés sous le sac, les hommes de la relève arrivaient:
" Les copains, on vous remplace! "
De suite, sans un mot, sans un ordre, nous retirons nos fusils des créneaux; et nos remplaçants debout sur la banquette de tir, nous finissons de nous équiper. Bientôt, alignés les uns derrière les autres, nous prenons la direction de l'arrière, après un adieu bref au régiment qui vient de nous succéder, sur se sol arrosé de notre sang, dans cette tranchée conquise par notre régiment, et où nous avons laissés tant des nôtres!!
La nuit est très obscure, mais cela n'empêche pas d'avancer très vite, ce qui produit des à coups dans la colonne. Nous avions hâte, ce jour là de quitter cette côte 119, ce Bois de la Folie, pour retourner dans des pays habités, où il ne pleut pas des marmites!!
Chacun se taisait, avançant le plus vite possible, piétinant, sans les voir, les cadavres que le dernier bombardement avait semés dans les boyaux; dégageant, d'un violent coup de tête, les branches ou les fils qui faisaient obstacle, et faisant éclabousser la boue.
Au détour d'un boyau, GIQUEL André, 1ère Section, s'arrêta un instant pour rattacher ses bandes molletières. Un obus arriva en ronflant, éclata sur le parapet, et lui broya la tête! Pauvre GIQUEL, Toi si heureux d'être relevé…
Rapidement, après cet incident, nous gagnons la route de Béthune, le boyau d'Ecoivres. Une fois au village de la Targette, nous ralentissons notre marche, car il y a moins de danger. – Ah, qu'il fait bon respirer l'air pur, après quinze jours d'enfer!!
Sur le bord de la route, gisent quelques cadavres noircis, tordus et raidis, datant des premiers jours de l'attaque… Nous n'osons pas les regarder, de peur de reconnaître des camarades du Régiment.
Nous arrivons à Bray, puis à Ecoivre; nous reprenons goût à la vie, et oubliant les camarades tués ou blessés, restés sur le champ de bataille, nous nous réjouissons en pensant à la bonne paille fraîche où nous allons dormir la nuit prochaine! En tête de colonne, quelques camarades se sont mis à chanter.
Le jour se lève. A l'horizon le soleil monte, et dans la plaine d'Artois, on entend chanter l'alouette qui a l'air de saluer, de son chant matinal, les Poilus du 407, qui ont battu la Garde Prussienne!!
Les premiers rayons du soleil viennent nous caresser, et vont sécher nos uniformes de boue…
Décidément la vie a du bon!!!
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22 septembre 2009
DERNIERS EFFORTS (14)
DERNIERS EFFORTS.
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La nuit est venue. Les hommes se rapprochent, marchent entre les abris, bloqués par des morts. On se groupe et on s'accroupit. Quelques-uns ont posés leur fusil à terre; nous sommes noircis, brûlés, les yeux rouges; et balafrés de boue! On ne parle presque pas, mais on cherche ceux qui sont encore vivants…
Dans la plaine, les brancardiers cherchent, s'inclinent, s'avancent deux à deux. A droite, on entends des coups de pioches et de pelles.
De la tranchée, nous voyons, vers l'est, une lueur se propager, plus bleue, plus triste qu'un incendie: c'est le matin qui vient…
La plaine est un épouvantable charnier; les cadavres y foisonnent! Des hommes vont et viennent, identifiant les morts de la veille; retournant les restes, et cherchant des camarades!!
Plus loin, on retrouve des cadavres qui ne sont pas de la veille, et pourtant, ce sont des français! Ce sont des Zouaves de l'attaque de Mai. Nos premières lignes se trouvaient alors au bois de Berthonval, à sept kilomètres du point où nous nous trouvons actuellement. Dans cet assaut formidable de Mai, les vagues d'assaut étaient parvenues jusqu'à ce point. Trop avancées sur le front d'attaque, elles ont été prises de flanc par les mitrailleuses, qui les ont fauchées, leur trouant le dos, les hachant!! A côté de têtes noires comme des momies, remplies de larves, où la blancheur des dents pointe dans les creux; à côté de pauvres moignons, on découvre des crânes nettoyés, jaunis, coiffés de chéchias en drap rouge; des fémurs sortent de loques infectes… Des côtes parsèment le sol, et auprès de ces débris humains, des quarts et des gamelles, transpercés et aplatis…
Parfois, des renflements allongés, car ces morts sans sépulture finissent par entrer dans le sol! Un bout d'étoffe, ou un soulier, sort, indiquant qu'un soldat est anéanti là!!!
Il y a même des cadavres ennemi en putréfaction; avec leur calottes grises, leurs vestes verdâtres, et leur figures desséchées, dont l'intérieur est une fourmilière… Des vers sortent des trous , où étaient leurs yeux… A côté d'un trou d'obus, une main crispée, jaunâtre, sort de terre…
Le talus ou nous sommes s'appelle la tranchée des Zouaves. – La terre est tellement pleine de débris de toute sorte: troncs d'arbres, obus, cadavres, etc.. que les éboulements découvrent des hérissements de squelettes, de pieds et de crânes!!
Le fond du ravin est tapissé de débris d'armes, de linge et d'ustensiles! On foule des éclats d'obus, des ferrailles, des casques troués par des balles… Dans le boyau Nicht, deux cadavres allemands sont étendus : un sous-officier, sur la banquette, le ventre ouvert; à côté de lui, un autre allemand, le crâne fracassé…
Des sifflements déchirent l'atmosphère! Une rafale de fusants éclate sur nous: c'est le tir de barrage qui recommence! Un ronflement rauque nous tombe dessus; on se jette à terre, pas assez vite: le schrapnel éclate, assourdissant! Un soldat tombe, les bras en avant. Un autre s'abat comme une masse! Deux autres se sauvent en hurlant, pour aller tomber grièvement blessés, cent mètres plus loin…
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Le mont St Eloi dresse ses tours fracassées. Pauvre église!! Il n'en reste plus rien… C'est le point de repère de l'artillerie lourde ennemie! Le village est à moitié en ruine… C'est là que nous défilerons demain, si nous sommes relevés! Mais cette relève n'est pas encore faite!! DIDIER, agent de liaison, arrive, et nous dit: " On n'est pas relevés! tant que le 407 n'aura pas pris le Bois de la Folie! C'est le Général FOCH qui là dit! "
Ce n'est donc pas la peine de penser au repos! Après tant de souffrances, il va falloir remettre ça! C'est malheureux tout d'même!!
Nous touchons des cartouches et des grenades. C'est pour de bon… L'artillerie commence son tir: un bombardement pépère!! Qu'est-ce que les boches vont encore prendre sur le nez! Le 2ème régiment de la Garde Prussienne prend la piquette…
Le Capitaine MOREAU arrive, ajuste son lorgnon, et, en se grattant la barbe, nous crie: " Mes p'tits gars, c'est l'heure! Attention! "
Le Sergent SCARONI, lui parle. Sa figure violacée se crispe. Il prends un air grave pour hurler: " 9ème Cie… Baïonnette… on… "
Il monte sur la banquette, et au moment où l'artillerie allonge le tir, donne la main au Capitaine MOREAU, qui saute sur le parapet, en hurlant l'ordre d'assaut: " En avant, les gars! "
Nous partons en hurlant… Je ne veux pas décrire ce dernier assaut, car il y en aurait trop!!
En trente bonds, nous sautons dans la tranchée ennemie. Une lutte terrible de corps à corps s'y livre pendant une demi-heure… L'ennemi se sauve. Un petit sous-lieutenant nous arrête, au moment où nous allions repartir en avant: " Retournez la tranchée " crie l'officier. Une balle lui fracasse la cervelle, et le renverse sur le parapet… Nous sommes consternés, et furieux de voir tomber notre chef! L'ennemi, à ce moment, arrive par un boyau, et commence à nous tirer dessus… Plusieurs camarades tombent… Un sergent se dresse pour crier un ordre: une balle lui rentre son cri dans la gorge… Le Caporal MARLY jette des grenades; il s'abat, tué raide, sur son sergent…
Nos chefs sont frappés l'un après l'autre! Il n'y a plus de commandement. Piétinant des cadavres, tirant au hasard, la tête découverte, nous repoussons la contre-attaque, avec des pertes cruelles pour nous!
Dans la tranchée, aux cris des hommes tirant sur l'ennemi, se mêlent maintenant les gémissements des blessés! Un petit soldat du 74ème, la poitrine traversée, veut mourir en regardant l'ennemi. De sa main crispée, il bouche le trou par où son sang coule. Mais bientôt, épuisé, il roule au fond de la tranchée, dans la boue sanglante… Pierre MARTIN, tu est mort face à l'ennemi… Tes camarades se souviendront de ta fin!
Autour d'un trou d'obus, dans la boue rougie, crient encore quelques blessés qui agonisent en poussant des hoquets rauques, couchés sur des morts ennemis.
Aujourd'hui encore, je me demande comment je n'ai pas été tué! La crosse de mon Mauser fracassée d'une balle; mon bidon traversé; mon casque fendu!! Et dire que je suis sorti de cette mauvaise passe sans une seule égratignure!!
A la tombée de la nuit, jugeant notre position intenable, le Colonel ALLAIN nous donnais l'ordre de nous replier. Notre assaut n'avait servi qu'a faire tuer cinquante de nos camarades, et nous nous replions avec autant de blessés…
14 septembre 2009
LEGION D'HONNEUR
Extrait du journal Le Reveil de Sedan du 11 novembre 1921
Robert VIARD Lieutenant 2° cie
Merci à Christophe LAGRANGE pour la transmission de ce document
07 septembre 2009
COLLOCK François - 7° cie
Citation à l'ordre du Régiment N° 435
"Excelent soldat courageux et dévoué s'est signalé par sa belle conduite et son sang froid au cours des combats du 8 avril 1918"
Citation à l'Ordre du Régiment N°469
"Agent de liaison, d'un courage et d'un sang froid remarquables s'est distingué au cours des combats de Mai, Juin 1918 en assurant son service sous les plus violents bombardements"
Merci à Jean Claude Bataille pour la transmission de ces documents
24 août 2009
REVERIES DANS LA NUIT (13)
REVERIES DANS LA NUIT.
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Nous avons attaqué dans la soirée, mais l'attaque n'a pas réussi! La zone morte, cette partie du champ de bataille que les anglais nomment le " NO Mans Land " est jonchée de cadavres de chez nous. Les cadavres, taches bleu pâles sous la lune, sont étendus les bras en croix, et dans des positions diverses.
Les fusées montent, entraînées aussitôt par le vent. Les rats courent sur les parapets, à la recherche d'un cadavre.
Il est une heure du matin; je prends la garde aux créneaux. Il fait froid. Je frissonne sous ma capote en lambeaux. Je marche un peu, pour éviter l'engourdissement. La mélancolie s'empare de mon âme; je deviens triste, et la peur me prend. Peur morale, faite de lassitude et de lâcheté.
Je me sens triste, très triste! Le vent m'apporte l'écho d'un roulement de voitures. Ce sont sans doute des batteries allemandes qui arrivent dans le Bois de la Folie.
Oh! nuit lugubre! Pourquoi lutter? A quoi bon vivre, et ne mourir que demain, Tuer, et ne pas pouvoir mourir! Pourquoi souffrir plus longtemps?
Oh! Soirées de septembre, si belles, et pourtant si tristes! Combien les nuits nous semblaient longues, et comme le découragement s'emparait vite de nous. Rien à manger, rien à boire… Et il fallait tenir , sous une pluie torrentielle, sans abri, et sous une grêle de mitraille, voyant chaque jour, tomber un camarade de combat…
Combien de fois avons-nous pleuré en silence, dans la tempête du canon, ou entendant siffler les rafales d'acier qui tombaient autour de nous, fauchant jeunes ou vieux, sans souci de l'âge ni du grade…
Je te revois encore, pauvre petit COURBERON, sanglotant, le ventre vide et les pieds gelés, dans une boue noire et infecte, appelant ta Mère… Et toi, ROCH, les deux jambes fracassées, étendu dans un trou d'obus, sous la pluie, agonisant pendant trois jours et trois nuits!!!
Je te revois encore, - après trois ans - quand on te descendait dans la tranchée, dire à ton brave Chef de Section, L'Aspirant TRIOLLET, mort au Champ d'Honneur depuis, " Mon Aspirant, ne dites jamais à ma mère combien j'ai souffert! Dites-lui que je suis mort d'une balle au cœur! "
Heureusement, la mort ne voulut pas de lui, et, sur sa poitrine, la médaille militaire vint récompenser son héroïsme et ses souffrances!!
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Je n'ai jamais vu que deux lâches dans ma compagnie. C'est dire le cas que je fais de mes camarades, de leur audace, de leur folle bravoure. Les meilleurs, quand on leur annonce l'attaque, sentent un frisson leur glacer le cœur!!
Ah! que de tableaux on a sous les yeux, horreur!!! Si vous saviez, civils ignorants, embusqués de l'arrière, qui osez quelquefois parler de la guerre!! Il faut avoir vu, comme nous, toute l'horreur de la guerre!! – Si vous saviez, les chemins faits à plat ventre dans l'obscurité, en passant sur des cadavres gluants de sang; sur des mourants qui jettent leur dernier cri de détresse, et demandent à boire, en appelant d'une voix déchirante " Maman, Maman! " - On marche sur des agonisants qui prononcent d'un accent désespérés quelque nom de femme! – Si vous saviez dans quel état peuvent mettre la fatigue et la faim, poussées hors de la limite des forces humaines!! On a plus qu'une pensée: dormir, dormir jusqu'à la fin du monde! Et cependant, on tient, on se raidit, on tient quand même… Et c'est là le miracle…
Je me souviens qu'un jour, creusant une tranchée dans laquelle il fallait piocher à genoux, les jambes dans l'eau, à bout de fatigue, j'avais envie de pleurer comme un petit enfant!!!
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18 juillet 2009
HEURES SOMBRES (12)
HEURES SOMBRES.
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29 septembre. Nous n'avons rien mangé aujourd'hui. C'est le commencement! La journée se passe à tirer sur les ennemis que l'on aperçoit. Deux sont abattus par un feu de salve.
A notre droite, un bombardement violent; des obus de gros calibre passent sans arrêt, et vont éclater vers la route de Béthune.
30 Septembre. Il pleut depuis quatre heures du soir. Il y a douze heures que je suis de garde dans ce coin de tranchée. Je sens mes jambes fléchir; nous n'avons rien dans le ventre depuis quarante huit heures! On a beau être brave!! – Je suis relevé de garde par TOLLER; il s'accoude au parapet, et se met à rêver à la lueur des fusées ennemies… Du côté de Souchez la fusillade crépite. Je me laisse tomber sur la banquette de tir, la tête appuyée contre un sac; je ferme les yeux, épuisé par la faim et par la fatigue… Pif, Paf… Un coup de fusil d'en face me réveille. J'ouvre les yeux… La balle a frappé TOLLER dans la bouche… Elle sort sous le menton, pénètre dans la poitrine, et ressort par le dos pour venir s'enfoncer dans la parapet au dessus de ma tête! Je vois la face de TOLLER se figer en un masque terrifiant! La tête se penche sur la poitrine, et après avoir chancelé, il s'abat dans la tranchée…TOLLER est mort, tué sur le coup…
Encore un a ajouter à la liste sanglante des morts de la section. Immédiatement, à la lueur des fusées, on creuse un trou derrière la tranchée, et on l'y enterre… Une heure après, chacun reprends sa place tristement, en se demandant: A qui le tour??
Le bombardement de nos tranchées par l'ennemi continue de plus belle. Vivement la relève!
Cette nuit, on a fini de relever les blessés; depuis le soir de l'attaque, on les entendait hurler sur le champs de bataille…
ROCH, de la 3ème section, pendant trois jours criait, jour et nuit, appelant les brancardiers à son secours… Combien sont morts dans la plaine, après d'atroce s souffrances,
1er Octobre. Cette nuit nous avions tellement faim que l'Aspirant TRIOLLET, TANCRET et moi, nous sommes allés en patrouille pour fouiller les sacs des morts, à la recherche de biscuits et de boîtes de conserve!
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VILLARDRY, de la 8ème escouade, vient d'être frappé en plein crâne par un éclat. Le malheureux agonise dans la tranchée et meurt… (12 heures après, sans avoir repris connaissance! ) Encore un brave garçon de la Section qui disparaît!
La nuit est froide et humide; pas de lune, pas une étoile au firmament! Il faut ouvrir les yeux et surtout avoir de bonnes oreilles! L'ennemi profite souvent des nuits sans lune pour tenter ses coups de main.
La nuit s'écoule lentement; un guetteur sur deux, est debout, son fusil au créneau. Les mains dans les poches, il va et vient, tout en jetant un coup d'œil par dessus le parapet, pendant que son camarade dort, en attendant son tour de garde.
Aujourd'hui, nous avons mangé un biscuit pour deux, et une boîte de singe pour quatre; de l'eau jaunâtre, qui vient du poste d'eau de la route de béthune.
Là-bas, sur notre gauche, du côté de Loos, une canonnade furieuse se déclenche, qui dure environ une heure: sans doute un coup de main des anglais.
Le Sergent SCARONI vient bavarder un moment avec moi, puis se dirige vers la tranchée Nicht pour surveiller des corvées de terrassement.
A côté de moi, un camarade s'est endormi; il est presque couché dans le boyau. Je me penche sur lui " Relève toi, lui dis-je, tu encombre le boyau, on ne peut plus passer. " – Pas de réponse! Il ne bouge pas… Je le secoue à nouveau… rien… Je sors ma lampe électrique, et j'éclaire son visage: c'est CHANTEREAU, de la 5ème escouade. Un éclat d'obus lui a fracassé la tête pendant qu'il dormait… Il est mort sans souffrance… Avec TANCRET, et BOUILLAGUET, nous le transportons dans un trou d'obus; il sera enterré tout à l'heure…
Le sergent SCARONI arrive, et nous dit à voix basse: " Alerte! Tout le monde au créneau, fusils chargés à répétition, prêts à faire feu! On s'attends à une attaque! "
Vite, nous prenons nos emplacements de combat. On nous annonce que l'ennemi vient en rampant dans notre direction. Il est à cinquante mètres de nous, vers les réseaux Bruns. Rapidement, à voix basse, le Sergent donne des ordres: " Approvisionnez, hausse de combat! Ne pas tirer sans ordre! Visez soigneusement à ras de terre, et, surtout, gardez tout votre sans-froid! " Le silence est impressionnant; la tranchée est garnie, nous sommes coude à coude! SCARONI allume une fusée, qui monte dans le ciel noir avec un bruit de chemin de fer! C'est le signal: Plusieurs fusées s'élèvent, et, bientôt; une dizaine de grosses étoiles se balancent à cent mètres de hauteur, éclairant le terrain.
Surpris dans leur avance, les allemands se dressent, et bondissent en hurlant! Un commandement part de notre tranchée:
" Section… Joue… Feu! "
Un crépitement se fait entendre.
" Charger… Joue… Feu…"
La mitrailleuse se met de la partie. Des allemands culbutent. Les fusées continuent à monter pour allumer leurs étoiles, avec un petit bruit sec. Les feux de salves se succèdent, suivi d'un feu à répétition qui achève la déroute de l'ennemi.
Tout rentre dans le silence et dans l'ombre.
La nuit s'achève sans autre incident! Devant nous, on entend les blessés ennemis qui appellent au secours.
Bientôt, le jour se lève… Il n'y a plus rien sur le terrain… L'ennemi a enlevé ses morts et ses blessés.
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25 juin 2009
Témoignage
Témoignage de MORELET Joseph – Agent de liaison au 407° R.I.
Le deuxième échelon du 407° était à la tourelle de SOUVILLE quand CLEMENCEAU est arrivé accompagné de quelques officiers. A un moment donné, près de la tourelle, un des officiers lui dit : « Monsieur le Président, là, il faut faire être très prudent et faire vite ; c’est très dangereux ». il répondit : « Quelle est la plus belle mort pour moi que de la faire ici ?.. »
Il est peu de divisions qui n’aient à raconter sur CLEMENCEAU une anecdote semblable. En ce qui concerne celle-ci, nous avons vu CLEMENCEAU en première ligne à trois reprises, au Bois Brûlé en 1915, à Verdun en octobre 1916 et à la main de Massives en 1918 et dans les secteurs qui n’étaient pas choisis d’ordinaire par les parlementaires et les journalistes pour leurs visites au front. C’était un homme ! »
Source PERICARD
18 juin 2009
L'ASSAUT SUPREME (11)
L'ASSAUT SUPREME.
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L'ordre vient d'arriver de repartir en avant. Il faut parvenir à prendre pieddans le Bois de la Folie. L'attaque se déclenche sur notre droite. Le soir tombe, mais le temps est
d'une grande visibilité! Tous les points du Champs de bataille se couvrent d'une nuée de soldats qui semblent surgir de terre, et foncent sur un ennemi invisible, qui couvre la vague
d'assaut d'une pluie de balles.
Une batterie allemande de 105mm est en lisière de la Folie, et les pièces débouchent à zéro. Les obus nous éclatent sur la tête, avant le bruit du départ. Un hurlement se fait entendre… Par bonds, la vague d'assaut arrive près du but, et c'est à qui hurlera le plus fort! Cris de douleur… cris de rage… et cris de victoire…
Une compagnie allemande surgit à cent mètres. Combien sont-ils? Cent? Deux cents? Peu importe! Un officier du 1er bataillon désigne l"ennemi de son bâton, et sa voix résonne au milieu des éclatements: " Poilus du 407! Encore un peu de courage, et la Folie est à nous!! A la baïonnette! Et pas de pitié! "
Le choc a lieu trente secondes après. Mais, comme l'ennemi a, sur nous, l'avantage du nombre, du terrain et du commandement, nous reculons de trente mètres. Bientôt, la lutte à l'arme blanche s'engage! Il se produit des corps à corps au couteau… Des blessés, couchés au fond des boyaux, nous tirent dans le dos. Il faut en finir… quelques hommes ramassent des pelles-bêches, et fendent les têtes des blessés ennemis… les pelles coupent les mains; et fendent les crânes…
L'ennemi recule, pressé par nos baïonnettes! Nous arrivons sur la tranchée de cinquième ligne. Une explosion terrible me renverse, ainsi que plusieurs camarades… Nous nous secouons, et, avec des rugissements, nous sautons dans la tranchée.
Au milieu de la fumée, j'entrevois mes camarades fonçant, baïonnette en avant, dans le trou d'où les boches tirent sur nous, à bout portant. Puis plus rien… On sent que c'est la fin! L'ennemi nous abandonne sa tranchée…
Je repars en avant, à sa poursuite, entraîné par une Compagnie du 24ème R.I.; avec plusieurs de mes camarades, nous arrivons à cinquante mètre du Bois, et harcelés par le tir des mitrailleuses, nous nous couchons dans la boue, en tirailleurs.
BECKER Jacques est à ma droite, et VUILMAU à ma gauche; nous tirons sur des silhouettes que nous apercevons devant nous. La nuit, à présent, est tombée! Le canon est calmé… Alentour, le râle des mourants… A un certain moments, j'appelle BECKER pour avoir des cartouches; il ne répond pas! Le pauvre garçon est mort, frappé d'une balle en plein front… A gauche, VUILMAU a la figure dans la boue et repose dans une flaque de sang… Epouvanté, je recule lentement jusqu'à un trou d'obus, où j'attends que les rafales de mitrailleuse s'arrêtent. Je me retrouve avec Gaillard, Caporal à la 1ère section. Nous retrouvons nos camarades du 407 en pleine action! On se bat encore sur certain points… Le Lieutenant GERAR-DUBOT insulte l'ennemi, et lui lance des grenades .Dans la tranchée, on foule des corps mous, dont quelques-uns remuent… Des cadavres sont entassés, en long et en travers, sur des blessés qui gémissent et réclament les brancardiers!
Nous passons la nuit sous la pluie, couchés dans la boue, nettoyant nos fusils, en prévision d'une contre-attaque de l'ennemi, qui heureusement, est aussi fatigué que nous!!
VAGNEZ, de la 5ème escouade, est parti depuis cinq heures du soir porter un pli, et n'est pas revenu, tué dans le bled… TISSERAND et GRANGJEAN ont disparu… Encore trois bourguignons de moins! Pendant toute la nuit, nous creusons la tranchée, et retournons les créneaux du côté de l'ennemi. Tout est calme, mais dans la plaine, on entends les plaintes des blessés… Ici, on appelle les brancardiers. Là on demande à boire… Plus loin, un mourant réclame sa Mère… Ce soir de bataille est bien triste!! Combien de camarades sont tombés dans la plaine de Vimy? Je l'ignore! A ma section, nous restons 8 sur 48……
Le soleil se lève lentement. La nuit est finie. La bataille va peut-être reprendre de nouveau. Une mitrailleuse ennemie tire sur des renforts qui nous arrivent. – On demeure là… Les vivants ont cessé de se battre, et les mourants achèvent de mourir… L'exaltation est apaisée; il ne reste plus que la fatigue, et l'attente qui recommence… De quoi cette journée sera t elle faite? Nous ne le savons pas! Est-ce notre dernier jour de souffrance? Nous le souhaitons!
12 juin 2009
L'ASSAUT EST FINI (10)
L'ASSAUT EST FINI!
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Je regarde à droite, à gauche: partout des camarades inconnus. Ici, c'est un poilus du 407… Plus loin, un vieux briscard du 405… Ailleurs, une escouade du 74ème… Là, un sous-officier du39ème… Il n'y a plus d'unité de formée… Qui nous commande? Je l'ignore complètement, et je m'en moque… Que ce soit un officier du 407ème ou du 129ème, je retrouverai mon régiment après la tourmente!
Nous traversons des réseaux de fil de fer; nous franchissons des tranchées, des boyaux… maintenant, l'avance devient plus lente. Sous une pluie d'obus de tout calibres, nous arrivons contre la troisième ligne ennemie. Je me retrouve à côté de l'Aspirant T………, et au milieu de plusieurs camarades. Le Capitaine, commandant la 8ème Compagnie, tombe, mortellement blessé… D……….. est touché à la tête, et s'abat comme une masse, au milieu des fils de fer… - devant nous, à quelques mètres, une mitrailleuse tire encore, et pourtant, déjà, l'ennemi se rend. L'aspirant, en courant saute dans la tranchée, et brûle la cervelle d'un officier allemand. A côté, la mitrailleuse, actionnée par un sous-officier, tire toujours… D'un coup de revolver dans la tête, notre Chef le met hors de combat. Ce malheureux boche était attaché par une chaîne à sa mitrailleuse, de façon à ce qu'il ne puisse se sauver…….
Enfin, voici la troisième ligne à nous. Nous sommes exténués de fatigue; nos fusils sont des paquets de boue. Il n'y a que nos baïonnettes qui luisent; elles ont soif de sang. Je jette mon fusil, qui ne fonctionne plus, et je ramasse un fusil Mauser ainsi que plusieurs chargeurs. Avec ça, j'aurai de quoi me défendre, si l'ennemi organise une contre-attaque.
En avant! A la quatrième ligne!! W……., après un bond de vingt mètres, reçoit une balle dans une jambe. Il tombe en poussant un juron! D……….. veut le traîner dans un trou d'obus. Le pauvre V……… reçoit une autre blessure: une balle lui traverse l'épaule droite, tandis qu'un éclat d'obus renverse D…….. sur lui… P….. a les deux mains traversées… Le Sergent pionnier reçoit une balle dans le ventre… Le Caporal V……. est grièvement blessé… Le Caporal G…….. est tué… la lutte est grave!
Nous sommes sur le parapet de la quatrième ligne. Plusieurs groupes ennemis ne veulent pas se rendre, et un cinquantaine de soldats, en gris verdâtre, foncent sur nous, baïonnette en avant.
Le choc a lieu. Des poitrines sont trouées. Je suis sur la gauche de ce corps à corps, qui tourne à la boucherie! L'ennemi est repoussé, mais une dizaine de forcenés surgissent devant nous. Un feu à volonté en couche la moitié sur le carreau, et le reste s'enfuit… Nous sommes maître de la quatrième ligne. Sans une minute de répit, nous avons pris trois lignes successives de tranchées, depuis le départ de la 1ère ligne ennemie! Nous avons fait une avance de plus de 1500 mètres!
Des section entières d'allemands arrivent en hurlant leur " KAMARADE " pas kapout "…
La 5ème ennemie tire toujours. Des cadavres, en gris, recouverts de boue et de sang, emplissent la tranchée. Les obus nous arrivent dessus avec moins de précision. Soudain nous sommes bloqués net. Impossible de repartir. Les balles sifflent, innombrables de nouveau. Elles viennent de partout. Nous sommes obligés de nous terrer dans cette tranchée, et d'attendre que l'aile droite progresse, car nous avons trop avancé!
L'ennemi a repéré soigneusement cette tranchée, alors qu'il la possédait. Ses obus tombent nombreux, méthodiques. Pas un pouce de terrain, pas un mètre du parapet qui ne soit retourné! Tout d'abord, nous n'y prenons pas garde, habitués à la pluie de ferraille! Mais nous nous apercevons bientôt que notre artillerie tire trop court… Notre avance a été très rapide sur ce point, et les 75, croyant pilonner l'ennemi, qui est en fuite, sont en train de nous assommer. Nous lançons de suite les fusées "Allongez le tir. " La fumée des explosions est si intense que les observateurs ne voient pas nos signaux, et les 75 continuent à démolir les tranchées. Déjà une dizaine des nôtres, sont étendus, morts ou blessés! Allons nous être obligés de reculer?
Le Lieutenant G……….. monte sur le parapet avec des panneaux blancs, pour faire des signaux, qui sont aperçus par un avion observateur; celui-ci fait allonger le tir.
L'orage de fer est arrêté; il est impossible d'observer ce qui se passe. Partout des fumées rampent sur le sol, s'élèvent et voilent l'horizon. Devant nous, le Bois de la Folie semble en feu; c'est à peine si, derrière nous, on aperçoit la route de Béthune! Des fusées rouges, vertes et blanches montent sans cesse dans le ciel. Fusées allemandes? Ou fusées françaises?
Le soleil est brûlant. Il est quatre heures de l'après-midi. Sur nos fronts, la sueur coule! Dans l'air, flotte une odeur de poudre et de cadavres en putréfaction! Aux détonations de l'artillerie se mêlent les bruits de tir de mousqueterie et de grenades. Là-haut, dans les nuages, des avions se battent; on entend un faible crépitement de mitrailleuse, parmi le vrombissement des moteurs.
Derrière nous, la fumée se dissipe, un peu; des renforts montent en colonne par quatre. Des marmites éclatent au milieu! Parmi les sections, des hommes s'abattent. Une batterie de campagne accourt. Les petits 75 se mettent en position au milieu de la pleine, à découvert. A peine en place, le tir commence. Les obus soufflent à ras de la tranchée pour aller éclater en lisière du bois. La riposte arrive, écrasante! Plusieurs grosses pièces tirent du côté de VIMY; ce sont des 210, qui soulèvent, en éclatant, des gerbes de terre; puis les 77 commencent à tomber comme grêle! Nous regardons cette lutte: artillerie contre artillerie! Le Capitaine est tué sur sont cheval, héroïque jusqu'au bout! Les chevaux tombent; les conducteurs les suivent. Une pièce est mise hors de combat; les trois autres tirent, de plus en plus vite… Un échelon de munitions arrive, mais deux caissons sautent! Une deuxième pièce est hors de combat; les autres tirent à la vitesse maximum! L'avant-dernière éclate… Des hommes tombent! Les Artilleurs sont morts, blessés , ou se sont réfugiés dans des trous d'obus. Il n'y a plus qu'un officier et quatre hommes, au milieu des explosions d'obus de tous calibres. Ils continuent à servir la pièce… La batterie agonise… Puis, une détonation plus forte que les autres: les derniers artilleurs tombent et disparaissent dans la fumée… Un moment d'arrêt! – La dernière pièce vient de sauter… La batterie de 75 est morte, mais, devant nous, la tranchée ennemie est nivelée!











