Mardi 29  juin 1915.

 

Bien chers Parents,

 

J’ai tout de même fini ce matin mon nettoyage et ce n’était pas peu de choses car nous étions sales, ah mais sales ! Pour cette bonne raison que dimanche soir, on a pris la route des tranchées du côté de M….M….* et qu’une grande partie de la nuit, il est tombé de l’eau, cette fois c’était pour creuser des boyaux jusqu’à 3 h du matin, à 7 h en arrivant ici et jusqu’à midi, j’ai piqué un de ces sommes qui compte pour quelque chose. Je suis allé au dessus de la tranchée chercher des fusées d’obus et quoiqu’il fisse nuit, j’en ai découvert une de 77 qui pourra faire plusieurs bagues. S’il avait fait jour, j’en aurais fait une provision, car les trous d’obus se touchent tous.

Je crois que nous y retournerons ce soir pour reprendre le même travail.

J’ai un camarade qui va peut-être faire venir son appareil photographique. Je ferai tout mon possible pour tâcher d’avoir ma photo.

Comme je vous ai écrit avant hier, je ne sais plus quoi mettre pour remplir mes quatre pages, au retour des tranchées, je vous dirai comment ça c’est passé.

En attendant, je vous envoie à tous mes meilleurs baisers.

Paul

 

* Il s’agit certainement de Mailly-Maillet. La censure interdisait à Papaul de citer exactement ou il était.